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Faut-il une théologie féminine ?

(Sœur Margareta Gruber, Théologienne franciscaine allemande, La Croix 13 Octobre 2013)

« Le pape estime qu’il ne faut pas seulement renforcer le rôle de la femme au sein de l’Église catholique, mais aussi développer une théologie de la femme, car le rôle de la femme et sa dignité sont deux choses distinctes. Il n’a pas encore indiqué comment il entend procéder pour élaborer cette théologie. Je souhaite qu’elle ne soit pas discutée et écrite exclusivement par des hommes. Trop souvent dans l’histoire de l’Église, des hommes ont écrit sur la femme. Que diraientils si des femmes prétendaient écrire une théologie de l’homme ?

Ce que souhaitent les femmes au sein de l’Église, ce n’est pas seulement d’être mises à l’honneur et valorisées – ce droit leur apparaît comme allant de soi – mais aussi que leur voix soit entendue et prise en considération, qu’elles puissent elles-mêmes s’exprimer quand il s’agit de dire qui elles sont et ce qu’elles peuvent apporter à l’Église.

Bien sûr, leurs questions et leurs perspectives apparaissent inhabituelles, voire étranges, à maints collègues masculins éloignés de leur “univers”. Leurs expériences sont différentes, leurs mots également. Les femmes peuvent, par exemple, beaucoup mieux saisir et traduire la relation entre la théologie et les situations de la vie.

Comme théologienne allemande, je ne réfléchis pas à la place de la femme au sein de l’Église de la même façon que quelqu’un qui travaille dans une communauté religieuse en Amérique latine. Je n’aurai pas la même perspective si je suis célibataire ou mère de famille, si je vis dans un pays à majorité chrétienne, ou si j’appartiens à la minorité religieuse, si mon environnement est empreint de foi ou laïque.

Si l’on évoque ces aspects au cours d’un processus de discussion approfondi, alors le point de vue sur “la femme” va changer, et de nouvelles perspectives vont naître sur sa place dans l’Église, sur la richesse qu’elle peut y apporter, et aussi sur la structure même de l’Église, que le pape François souhaite voir évoluer.

Il me semble aussi que les hommes et les femmes pourraient réfléchir ensemble à la manière dont l’anthropologie biblique et chrétienne peut répondre aux questions actuelles de la société, dans laquelle le rôle des sexes est en train de se modifier fondamentalement. Peut-être qu’une écoute attentive des interrogations de nos contemporains aiderait l’Église à renouveler la façon dont elle envisage sa mission. Ce n’est pas pour rien que le Concile a appelé à une “réciprocité” dans le processus d’interprétation entre l’Évangile et l’époque : pour comprendre l’Évangile, on a besoin de “Dieu dans le monde” et pour comprendre le monde, on a besoin de l’Évangile. Pour l’Église, cela implique une conversion vers une posture d’écoute et, aussi, d’aller davantage à la rencontre des autres, des étrangers à l’Église. C’est d’ailleurs toujours, historiquement, par cette figure de l’Autre que Dieu a eu accès à l’Églis e. Aujourd’hui, cette figure de l’Autre, c’est sans aucun doute la femme, qui n’est pas encore tout à fait intégrée à l’Église. »

Tag(s) : #Questions d'Eglise

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