Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Nouvelle traduction du Notre Père

(P. Fédou, Jésuite, Membre du groupe des Dombes, Entretien, La Croix 15/10/2013)

De quand date la formule du « Notre Père » ?

Le « Notre Père » apparaît dans le sermon sur la montagne rapporté par l’évangile de Matthieu, ainsi que dans l’évangile de Luc : ces deux textes fournissent l’essentiel de notre prière actuelle. Elle a donc des racines évangéliques, et même juives – le terme « Père » est déjà utilisé dans l’Ancien testament – qui expliquent la place centrale qu’elle occupe dès les premiers siècles du christianisme à la fois dans la liturgie, mais aussi dans la catéchèse et la prière privée. En témoignent les premiers commentaires rédigés à partir du IIIe siècle par de grands auteurs comme Origène, chez les Grecs, ou Tertullien, chez les Latins.

Quel est le rôle de ces commentaires ?

Ils sont destinés à éclairer les chrétiens sur le sens des formules du « Notre Père ». Ainsi, dès le IIIe siècle, saint Cyprien insiste sur l’unité de l’Église symbolisée par le « nous ». Des différences d’interprétation se font jour parfois, comme sur le « pain quotidien » : certains lui donnent un sens spirituel quand d’autres l’entendent d’abord au sens matériel de nourriture.

Pourquoi cette prière a-t-elle acquis un rôle si central dans la vie de l’Église et des chrétiens ?

À l’époque moderne, des commentaires ont également été rédigés côté protestant, par Luther, Calvin, et, du côté catholique, par sainte Thérèse d’Avila entre autres. Tous ces auteurs en font la prière essentielle des chrétiens, « la » prière du Seigneur, d’abord parce qu’elle a été enseignée par le Christ – et qu’elle a donc une autorité toute particulière – mais aussi parce qu’elle constitue un bon résumé de toutes les autres, qu’il s’agisse de prières de demande ou de louange.

Pourquoi l’utiliser aussi pour l’usage privé alors qu’elle est récitée à la première personne du pluriel ?

D’abord parce que le chrétien n’est pas toujours dans le cadre d’une assemblée liturgique ! Ensuite, le chrétien doit prier avec les mots que le Seigneur lui a appris. Et même s’il récite cette formule à titre personnel, il le fait en incluant tous les chrétiens, même s’ils ne sont pas physiquement présents à côté de lui.

Pourquoi la traduction a-t-elle évolué ?

La formule a parfois bougé au cours de l’histoire en raison de certaines expressions difficiles à traduire du texte grec des Évangiles. Il peut y avoir des petites différences d’interprétation et les exégètes essaient de trouver la traduction la plus fidèle. Le « Ne nous soumets pas à la tentation » est l’une de ces difficultés et les débats sont anciens à ce sujet. De même, pour le « notre pain de ce jour » : certains estimaient jadis qu’il convenait plutôt de dire « notre pain substantiel », ou « notre pain essentiel ». La difficulté vient de ce que certains mots grecs peuvent avoir plusieurs acceptions. À chaque époque, il nous faut trouver la meilleure traduction possible.

Tag(s) : #BIble

Partager cet article

Repost 0