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Manif ?

(Bruno Frappat, Humeur des jours, La Croix, 8/2/2014) Les manifs ayant pris l’habitude de passer sous nos fenêtres – ce dont nous les remercions… –, il fallait bien, pour s’en faire une idée plus précise qu’à la télévision, y aller voir de près. Ce que nous fîmes, le soleil incitant aussi à descendre de son observatoire. Nous fûmes rapidement repéré par une famille venue de Nantes pour défendre la famille à Paris, et qui lit La Croix, pour ainsi dire, religieusement. Grands-parents, enfants, petits-enfants, ils étaient là une petite brigade souriante. Leurs interpellations étaient sympathiques, chaleureuses. On se serait cru à la sortie d’un mariage, quand des familiers vous tombent dans les bras et vous demandent des nouvelles des uns et des autres. Venu en entomologiste des manifestations, pour comprendre de plus près ce que voulaient tous ces gens (nombreux…) et à quoi ils ressemblaient, on fit le constat que ces manifestants étaient des gens… comme vous et moi. Pas des fachos armés de haine, pas des nervis, pas des nuques raidies par les principes et très peu de soutanes intégroïdes. Non, des familles bien classiques, comme les nôtres. Ils nous ressemblaient. Presque trop. Pas de variété des allures et des mises, peu de visages qu’on dira « méditerranéens » ou « subsahariens ». Des gens à l’aise dans leurs baskets de manifestants dominicaux. À l’aise dans l’existence. Une sortie de messe, pas une sortie de mosquée. Ils avaient des petits drapeaux. Des poussettes bien sûr, ce que les journalistes aiment à souligner. Peu de pancartes. Pas de slogans honteux, comme l’autre fois. Même pas de slogans du tout. Dans leurs micros, des organisateurs vociféraient contre le gouvernement, contre « Peillon » ou contre « Valls », vilipendaient Hollande. Mais la foule ne reprenait pas. Manifester est une chose, hurler en est une autre. Ce n’était guère le genre de la maison. Le genre… Le fantasme national répandu par l’Internet sur cette fameuse « théorie du genre » que les méchants socialistes auraient entrepris d’installer de force dans l’esprit des bambins, était l’une des vedettes de la manifestation. Un sujet nouveau. Mais qui, sérieusement, pouvait croire les bobards des réseaux sociaux manipulés ? Les haut-parleurs et les porte-voix tentaient de durcir le ton, d’attiser les colères, mais cela ne marchait pas. Il y avait un décalage entre les chefs et la troupe. Une troupe pacifique, bien décidée à ne pas se laisser déborder au moment de la dispersion. C’était au fond une manif comme il y en a tant. Manif de la CGT, manif d’enseignants, manif de blouses blanches : un bruit d’enfer répandu par les « sonos » (pénibles), mais des marcheurs se bornant à marcher. Sans s’égosiller. Ils parlaient entre eux, l’air était quasi printanier. C’était presque une fête. Le lendemain, ils apprendraient que les réformes qu’ils redoutaient (imaginaient…) étaient reportées aux calendes grecques. Cette victoire en marchant devrait les satisfaire. Avant de laisser la famille nantaise continuer son chemin, nous vîmes un gamin de douzetreize ans nous lancer: « Hé, vous, le journaliste, vous direz du bien de la manif, vous ne ferez pas comme les autres ? » Puis il courut rejoindre sa maman et sa mamie. C’est dit: la République, ce jour-là, n’était pas menacée, en dépit des appels à la « résistance » lancés par les organisateurs, plus politisés que la moyenne et qui faisaient mine de croire que la France était sous la botte. Dans le cortège, les plus âgés savaient bien de quoi était chargé ce mot de « résistance ». Ce mot qui, curieusement, se retrouve aussi lancé par la gauche de la gauche quand elle manifeste contre la rigueur des temps et la politique économique… La seule résistance qu’opposa la foule, ce dimanche, était aux ferments de haine que d’aucuns auraient voulu y voir afin d’alimenter le simplisme.

Tag(s) : #Questions d'Eglise

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