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Osons-nous mettre sous le même toit !

(Frère Aloïs, Forum, La Croix, 8/2/2014)

En multipliant les occasions de relations personnelles entre jeunes européens, comme lors de notre récente rencontre de Strasbourg, nous voudrions les aider à acquérir une véritable conscience européenne. Le travail des institutions est essentiel mais, sans les rencontres de personne à personne, l’Europe ne se construit pas. Entre l’Est et l’Ouest, s’il n’y a plus de Mur, il existe encore des murs dans les consciences. De nombreux jeunes voudraient une Europe ouverte et solidaire : solidaire entre tous les pays européens et solidaire avec les peuples les plus pauvres des autres continents. Ils demandent qu’à la mondialisation de l’économie soit associée une mondialisation de la solidarité. Ils attendent de la part des pays riches davantage de générosité, s’exprimant à la fois par des investissements dans les pays en voie de développement qui soient vraiment en faveur d’une plus grande justice et par un accueil digne et responsable offert aux immigrés de ces pays. Les blessures de l’histoire laissent des traces profondes et marquent les mentalités. Pour prendre leur part à une guérison, les jeunes ont une possibilité : se refuser à transmettre à la prochaine génération les rancœurs et les amertumes parfois encore vives. Il ne s’agit pas d’oublier un passé douloureux, mais d’interrompre la chaîne qui fait perdurer les ressentiments et par là de guérir peu à peu la mémoire par le pardon. Sans pardon il n’y a pas d’avenir pour les sociétés. Avec les jeunes de diverses confessions réunis à Strasbourg, nous nous sommes rappelés que, si nous cherchons une réconciliation entre chrétiens, ce n’est pas pour nous replier sur nous-mêmes. Nous la cherchons pour qu’elle soit un signe d’Évangile, et qu’elle devienne un ferment de rapprochement entre les humains et entre les peuples. Actuellement, entre chrétiens séparés en confessions multiples, nous risquons de nous arrêter à une tranquille coexistence. Comment aller plus loin ? À Taizé, nous sommes étonnés de constater que les jeunes qui passent ensemble quelques jours sur notre colline, orthodoxes, protestants et catholiques, se sentent profondément unis sans pour autant abaisser leur foi au plus petit dénominateur commun. Au contraire ils approfondissent leur propre foi. La fidélité à leur origine cohabite avec une ouverture à ceux qui sont différents. D’où cela vient-il ? Ils ont accepté de se mettre sous le même toit et de se tourner ensemble vers Dieu. Si c’est possible à Taizé, pourquoi ne le serait-ce pas aussi ailleurs ? Je voudrais alors trouver les mots justes pour demander aux chrétiens des différentes Églises : n’y a-t-il pas un moment où il faudrait avoir le courage de nous mettre ensemble sous le même toit, sans attendre que toutes les formulations théologiques soient pleinement harmonisées? N’est-il pas possible d’exprimer notre unité dans le Christ – qui, lui, n’est pas divisé – en constatant que les différences qui demeurent dans l’expression de la foi ne nous divisent pas ? Il y aura toujours des différences : elles nécessiteront des discussions franches, mais souvent elles pourront aussi être un enrichissement. Faisons avec les chrétiens d’autres confessions tout ce qu’il est possible de faire ensemble, ne faisons plus rien sans tenir compte des autres. Prier ensemble une fois par an pendant la Semaine de l’unité des chrétiens ne peut pas être suffisant, cela risque même de devenir un peu formel ; pourquoi ne pas prier ensemble plus souvent ? En beaucoup d’endroits, il existe des collaborations interconfessionnelles, notamment dans la pastorale des prisons, des hôpitaux. Pourquoi ne pas les multiplier, plutôt que de travailler parallèlement ? Cela pourrait même se faire dans des domaines sensibles comme l’éveil à la foi des enfants, la pastorale des jeunes. J’aborde un des points les plus délicats. Tous les chrétiens ne pourraient-ils pas considérer que l’évêque de Rome est appelé à soutenir la communion entre tous, une communion dans le Christ où peuvent demeurer certaines expressions théologiques comportant des différences ? Le pape François ne nous indique-t-il pas la direction en mettant comme priorité pour tous l’annonce de la miséricorde de Dieu ? Ne manquons pas ce moment providentiel. Je suis conscient de toucher un sujet brûlant et de le faire peut-être de manière maladroite mais, pour avancer, il me paraît inévitable de chercher comment entrer dans cette voie d’une diversité réconciliée.

Tag(s) : #Questions d'Eglise

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