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(D’après un article d’Esprit et Vie n°160 - novembre 2006 -2e quinzaine, p. 36-38.)

Le cardinal Danneels écrivait « qu' aucune nuit n'est plus claire que la nuit de Noël », ouverte à la fête dans les églises et dans les maisons, dans les restaurants et dans tant d'autres lieux. Et pourtant, il ajoutait que la convivialité n'est pas si exceptionnelle que cela car, à la même époque, presque autant de gens souffrent d'un lancinant sentiment de solitude (Lettre de Noël 2003).

 

Le texte de la nuit de Noël dit pour sa part qu'il n'y avait pas de place dans la salle commune pour accueillir celle qui allait enfanter. Noël voit se tendre en nous ce tiraillement entre l'exigence d'accueillir les plus démunis et l'impossibilité d'y parvenir. Plus largement, Noël ne cesse de rappeler que les intentions d'accueillir sont indéniables, mais les capacités de le faire le sont moins. Dans le fonctionnement de nos communautés de vie ou de travail, la difficulté de faire de la place aux nouveaux venus n'est pas une fable. Partout où il y a communauté humaine, sans doute, il y a difficulté à s'intégrer. Il faut du temps, dans les meilleurs des cas. Il y a de la violence, dans les pires. La joie qu'advienne du neuf est vite balayée par la crainte d'être délogé par la nouveauté.

Le constat des obstacles au bien commun peut largement se décliner. Mais, s'il n'y a pas de place lorsque Jésus va naître, c'est peut-être aussi que cette naissance a quelque chose d'exceptionnel et, d'une certaine manière, quelque chose d'encombrant. On pourrait dire que cette naissance a juste la beauté d'une vie qui surgit, surtout dans ces conditions un peu compliquées, mais en même temps, l'évangile ne manque pas de donner des indices qui en signalent le caractère exceptionnel. Combien est impressionnant cet édit de l'empereur Auguste pour ordonner un recensement sur toute la terre ! Et si la mention d'un recensement universel disait déjà à ceux qui sont un peu perspicaces que la naissance de Jésus a une importance pour le monde entier ? Et l'homme lui-même avait l'aura d'un sauveur dans l'Empire romain, à cause de son rayonnement politique, lui à qui l'on reconnaissait d'avoir ramené la paix. Or, l'évangéliste fait entendre le concert des anges : « Aujourd'hui est né un Sauveur dans la ville de David. » Des anges, d'ailleurs, qui s'ajoutent aux détails des événements et soulignent la solennité. En fait, s'il est difficile de laisser de la place à cette naissance, c'est que le couple de Marie et Joseph va mettre au monde un petit enfant, certes, mais qui, en un sens, est bien encombrant. Ne vont-ils pas devoir fuir à cause de lui tandis qu'Hérode tuera des innocents, et ne vont-ils pas le trouver en grand débat au Temple avec les théologiens de l'époque ? Dans sa mangeoire, cet enfant ne prend pas de place ; Dieu s'est fait petit.

Mais dans la vie de l'humanité et pour chacun, nous nous rendons compte qu'il va en prendre beaucoup si nous voulons être des croyants sérieux. Il va habiter notre prière, nous entraîner dans un questionnement sur le sens de la vie, réinterroger notre manière d'aimer. Dieu a pris la dernière place dans notre monde. La seule qu'il a trouvée : celle dans une mangeoire, à l'écart des réunions mondaines et des communautés déjà rassemblées. Il a pris la dernière place, et pourtant c'est celle-ci qui sera la première.

Avec Noël, le désir nous prend d'essayer de faire de la place pour que Dieu puisse être accueilli, avec son cortège d'anges, mais aussi de gens délaissés et parfois déroutants, avec son lot d'événements inattendus et encore inconnus. Fêter Noël, c'est être dans ce paradoxe de tenir sa place (car chacun de nous a son lot de responsabilités humaines), et en même temps s'effacer, pour que ce qui est nouveau puisse toujours faire irruption au fond de toute nuit.

 

 

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