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 (Sœur Myriam, Lectionnaire des Diaconèses, Versailles)

Le repas de la Pâque est dressé dans la grande chambre haute, toute prête. Cette chambre appartient à "l'homme qui portait la cruche", dit l'Évangile, chambre empruntée par le Maître ... N'a-t-il pas tout emprunté sur cette terre : notre vie d'homme, ses fardeaux et bientôt notre propre mort ?

L'épreuve ultime approche. Il est bientôt "l'heure du Fils de l'homme", mais dans la gravité de cette vie qui est à son terme vient la douceur d'un dernier repas, les actes calmes et simples de Celui à qui appartiennent les temps et les moments.

Et nous sommes là, nous aussi, pour contempler, pour écouter, pour regarder, pour prendre part ... Seigneur, où veux-tu que nous te préparions la Pâque ?

Parle, Seigneur, nous t'écoutons ...

 

Ce soir, les portes sont closes sur le Christ et sur ses disciples. La grâce royale de sa pré­sence domine ce peu de temps qui reste encore et chacun s'abreuve aux sources pures de son Verbe.

Pour quelques heures encore il est la Pa­role : il ensemence l'opacité des esprits, la fragilité des désirs.

Bientôt, il ne dira plus rien, et à sa suite, il introduira ses Bien-aimés dans le désert silencieux du Samedi saint où la douleur obscurcira leurs mémoires.

Jérusalem en ces instants est dans la nuit avec ses pauvres, et ses malades, ses hommes de bien et ses brigands. Jérusalem, cité fière qui lapide ceux qui lui sont envoyés et méconnaît les temps de ses visitations. Jérusalem, ville prophétique aux cœurs purs pleins d'attente, fécondés par les larmes du Seigneur.

Il y aurait tant à faire encore dans ces murs : des guérisons, des délivrances et cette circoncision intime au creux de tout orgueil ... Mais, ce soir, les portes sont closes sur le Maître et ses disciples : Ils sont ce qu'il a de plus précieux en ce monde : "Vous m'avez aimé. Vous avez cru que j'étais sorti de Dieu". En eux les mystères du Royaume ont éclos et Jésus, à cause d'eux, a tressailli de joie : "Je te loue, Père ! …"

De la fontaine encore scellée va sourdre l'eau vive qui jaillit jusqu'en la vie éternelle. Le pur et l'impur y seront plongés ensemble. L'ombre qui va se glisser dans la chambre haute ne pourra interrompre le grand Acte qui abreuve et nourrit le monde.

La nuit se fera de plus en plus dense. C'est le jour le plus long ... Une nuit, un jour, une nuit, un jour, une nuit, un jour qui laissent en­core les hommes et les femmes apeurés et incertains, même au matin de la Résurrection.

 

Maintenant il est encore temps de mettre un comble à l'Amour. On a le temps, on a tout le temps, quelle qu'en soit la fugacité.

L'eau claire est versée dans le bassin et Jésus lave les pieds des douze. Déjà ils seront purs, purifiés par avance de leurs fuites et de leur angoisse ...

Il advient ainsi que l'amour devienne infiniment vulnérable, mais leur mémoire, lorsqu'il en sera temps, se souvien­dra, se souviendra sans faille. Leur cœur alors sera baptisé, confirmé, pour avoir part au grand ministère du Christ.

Tout à l'heure, le Christ les nourrira tous : "Prenez, ceci est mon corps ... ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui est répandue pour plusieurs ... Faites ceci en mémoire de moi jusqu'à ce que je vienne." C'est le gage de la terre - et seulement pour la terre - parcelle vivifiante pour aller sur les che­mins où se porte la Croix.

L'obscurité se fait plus lourde, lourde de doute. "L'un de vous me trahira."

Est-ce moi ? Est-ce moi ? Défaillances dans la confiance au fond de soi ... Est-ce moi ?

Ainsi, dans le lieu retranché du cénacle - image de replis secrets du cœur - le Père, le Fils et l'Esprit font communier les disciples au plus grand des mystères, celui de leur Amour crucifié, et tous trois veillent sur cette poignée d'hommes comme ils veilleront éternellement sur l'Église et sur le monde.

 

 

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