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(Bruno Chenu, Croire sur Parole, Bayard, 2008, p 107-111)

En finale de l’Evangile de Marc, l'Ascension est manifestée comme un double départ :

- Le départ du Christ, à l'évidence. « Le Seigneur Jésus est enlevé au ciel. » Il s'assoit à la droite de Dieu. Jésus entre dans la pleine dimension de Dieu. Il quitte l'univers visible. S'ouvre le temps de la distance, ce temps où l'on ne peut plus rencontrer le Christ comme on le rencontrait sur les chemins de Galilée ou de Jérusalem.

- Mais ce départ du Christ marque aussi le départ de l'Église, selon le deuxième sens du mot «départ ». L'Église démarre, l'Église se met en train, elle reçoit sa mission, elle se met au travail. Selon l'Évangile, on ne peut pas parler de l'Ascension du Christ sans être renvoyé à la mission de l'Église. L'Ascension n'est pas une mise en congé, c'est une mise au monde. Elle ne tourne pas nos yeux vers le ciel, mais vers la terre. Car il y a une Bonne Nouvelle à proclamer.

C'est sur cette mission de l'Église que l'Évangile de Marc s'arrête particulièrement, et je voudrais en relever quelques traits.

 

 

Le premier trait, très frappant, est que la mission confiée à l'Église a une dimension universelle. Jésus dit aux onze apôtres : «Allez dans le monde entier »(…) J'ajoute que si la mission chrétienne a une envergure mondiale, elle ne s'adresse pas seulement aux hommes et aux femmes. Jésus déclare: « Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. » Il y a une Bonne Nouvelle pour l'humanité, il y a aussi une Bonne Nouvelle pour la création, pour l'univers matériel.(…)

 

Le deuxième trait de la mission chrétienne souligné par Jésus, je le formule ainsi : la foi s'accompagne de sacrement. Je fais allusion à la parole de Jésus qui peut nous choquer mais qui ne manque pas de signification : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui refusera de croire, sera condamné. » Jésus ne se contente pas ici de dire : « Celui qui croira ... » Non, il souligne l'importance du baptême, l'importance du sacrement. Il nous faut la foi mais la foi scellée, agie, célébrée dans un sacrement. (…)

 

Le troisième visage de la mission de l'Église, après l'universalité et la sacramentalité : la Parole s'accompagne de signes. Là aussi, nous pouvons être déroutés, car nous avons l'impression que les premiers disciples ont fait des choses extraordinaires que nous ne réussissons pas très bien. Nous avons des difficultés à chasser les esprits mauvais et à guérir les malades. Mais ce que l'Évangile veut surtout nous dire à travers ce langage étonnant, c'est d'abord que la Parole atteint les corps. Elle n'est pas une réalité éthérée. Elle se matérialise. La parole vivante de Dieu devient vie et vie parlante pour l'homme.(…)

 

Fêter l'Ascension, c'est donc se donner la chance d'un re-départ. L'Église, notre assemblée, nous-mêmes, sommes invités à partir, à aller jusqu'à l'homme le plus loin de nous, le plus différent, à prendre en compte toute la création de Dieu. Notre foi s'accompagne de sacrements car elle est sociale et charnelle. Notre parole s'accompagne de signes car seul le service désintéressé rend le message crédible.

La merveille de l'histoire, c'est qu'en partant, en remplissant sa tâche, en sortant de ses murs, l'Église se découvre accompagnée. Le Christ ressuscité, celui qui est élevé à la droite du Père, voici qu'il travaille le monde avec elle. On le croyait au ciel et il fait corps avec ses témoins.

 

 

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