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(Armand Abécassis, Philosophe, La Croix 22 Mai 2009)

On ne saurait passer sous silence les différences qui apparaissent entre la visite en Terre sainte du pape Jean-Paul II et celle du pape Benoît XVI.

Le premier avait embrassé le sol en descendant de l’avion et avait tenu le bras d’une rescapée des camps nazis à Yad Vashem, le musée de la Shoah. Il avait rappelé les six millions de juifs assassinés par les nazis. Le second a répété comme les médias qu’il se rendait en Terre sainte, évitant de nommer l’État d’Israël comme lieu particulier de sa visite. Il n’a pas eu la chaleur de son prédécesseur pour reconnaître concrètement la solidarité réelle entre les chrétiens et les victimes de la Shoah, refusant de se rendre au Musée de la Shoah. Il n’a parlé que de « millions de juifs tués », sans préciser que ce sont six millions qui ont été exterminés par les nazis et à partir de son pays d’origine.

Nul doute que le pape actuel est un ami des juifs. Mais pourquoi a-t-il fait preuve de tant de retenue et de réserve au moment où on attendait de lui qu’il poursuive l’œuvre de son prédécesseur ? Est-ce son statut d’intellectuel et de théologien ou son origine qui en serait la cause ? Est-ce la complexité de la situation où il devait délivrer son message de paix en ménageant les uns et les autres ? Il a rappelé la nécessité d’un État palestinien, condition d’une paix véritable. Mais qui trouve intérêt à empêcher réellement cet avènement qui aurait dû se produire depuis Arafat ? Il a demandé la destruction du mur, sans y associer le fanatisme de ceux qui ne sont aucunement intéressés à la paix dans cette région. Pourquoi a-t-il serré la main du cheikh Tamini, président du tribunal islamique palestinien ?
Celui-ci s’était lancé dans une diatribe contre Israël et avait « poussé les religieux à défendre les Palestiniens et leurs terres ». De la même manière, pendant les propos racistes du président iranien à Genève, nombreux furent les députés qui quittèrent la salle alors que les représentants du Saint-Siège restaient sur place. On peut penser enfin que ses silences sur la situation tragique des chrétiens au Proche-Orient témoignent d’une prudence peut-être excessive à l’égard des pays qu’il a visités.

Benoît XVI a répété son désir de paix dans cette région, et nous partageons ses prières. À la tête des catholiques dans le monde, il doit les engager à servir d’intermédiaires entre les Juifs et les Arabes pour l’établissement de cette paix. Pour nous, il demeure qu’un pape à Jérusalem confiant sa prière au Mur occidental et reçu par les dirigeants de l’État d’Israël, relève d’une mutation radicale dans les relations entre les juifs et les chrétiens.

Malgré le contentieux créé par ses déclarations et certaines de ses décisions jugées inopportunes, les progrès remarquables accomplis depuis Jean XXIII dans la compréhension, dans le respect mutuel et dans la fraternité entre les fidèles de la Première Alliance et les croyants de la Deuxième Alliance ne peuvent que servir de base à toute réconciliation future.

Nul doute que le pape est un ami des juifs. Mais pourquoi a-t-il fait preuve de tant de retenue et de réserve ?

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