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Le traitement de la maladie d’Alzheimer bute sur la fracture Nord-Sud

PIERRE BIENVAULT, La Croix 11 Juillet 2009

Le 19 Congrès international de gériatrie, qui s’est achevé hier à Paris, a souligné la nécessité de développer la recherche, tout en faisant apparaître l’écart qui sépare les pays du Nord de ceux du Sud

 

C’est sur un espoir modéré que s’est achevé hier à Paris

le 19e Congrès international de gériatrie et gérontologie. « D’ici quatre ou cinq ans, on pourrait voir arriver de nouvelles molécules plus efficaces pour lutter contre la maladie d’Alzheimer. Mais pour cela, il faut impérativement développer la recherche clinique », souligne le professeur Bruno Vellas (Gérontopôle de Toulouse), président du conseil scientifique du congrès.

Aujourd’hui, les médicaments anti-Alzheimer restent d’une efficacité modérée. Surtout, ces produits ne permettent pas de guérir la maladie, seulement de traiter certains de ses symptômes, notamment les troubles de la cognition ou du comportement. « Notre espoir est d’arriver à mettre au point des médicaments qui permettront d’agir sur les mécanismes de la maladie et d’enrayer son évolution », souligne le professeur Vellas, en précisant que 91 essais thérapeutiques sont actuellement conduits dans le monde. Après avoir obtenu des résultats intéressants chez l’animal, les chercheurs doivent maintenant évaluer l’efficacité de ces produits chez l’homme lors d’essais de phase 3, qui doivent être conduits chez un grand nombre de patients. « Le problème est que nous avons du mal à recruter des volontaires, souligne le professeur Vellas. Trop souvent, on hésite à proposer l’entrée dans un essai à des patients âgés avec des troubles de la mémoire. Pourtant, quand on les interroge, les malades sont en général partants, mais c’est souvent l’entourage, dont l’accord est indispensable, qui se montre réticent. »

Ce congrès, qui réunissait des médecins de 91 pays, a aussi permis de mesurer l’écart toujours important entre les pays riches, submergés par ces pathologies du vieillissement, et les pays en voie de développement, confrontés à d’autres réalités. « Dans notre pays, nous n’avons aucun gériatre. C’est une spécialité médicale qui n’existe pas », souligne Georges Rouamba, qui travaille au ministère de la santé du Burkina Faso. « Chez nous, les gens ne vivent pas suffisamment longtemps pour qu’on voie émerger ces pathologies neurodégénératives de type Alzheimer. L’espérance de vie au Burkina est de citer trois mots, par exemple ci54-55 ans. Du coup, les pathologies gare-fleur-porte, et voir si la perde la personne âgée, pour nous, ce sonne est capable de les restituer sont le diabète, l’hypertension ou quelques minutes après », détaille les problèmes oculaires », ajoute le docteur Goumé. Mais ce test Georges Rouamba. est impossible à utiliser chez un

Au Sénégal, on recense actuel- patient sénégalais n’ayant jamais lement trois gériatres, dont le été scolarisé. « Les questions sont docteur Mamadou Goumé, mé- alors déconnectées de l’imaginaire. decin-chef à l’Institution de pré- C’est la raison pour laquelle nous voyance retraite (Ipres), à Dakar. avons adapté ce test à notre culture.

« Dans notre pays, 7 % de la population a plus de 60 ans. Même si cela n’est pas une priorité de santé publique, nous commençons à nous intéresser à la maladie d’Alzheimer et à son diagnostic », explique le praticien. Pour faire ce diagnostic, les médecins locaux utilisent des tests existant dans les pays européens, notamment le MMS (mini-mental state), un outil qui permet en quelques minutes de repérer les premiers signes de la maladie. Comme d’autres, ce test repose sur des petits exercices visant à évaluer les capacités de mémorisation de la personne. « Par exemple, on va demander : quel mois sommes-nous ? Quel jour de la semaine ? On va aussi Les mots à restituer, chez nous, sont cuillère, âne, mangue, avion ou voiture. Et on va demander au patient combien de kilos de riz il peut acheter au marché avec 1 000 CFA, en sachant qu’un kilo coûte 200 FCA », explique le praticien.

Une fois le diagnostic posé, reste le problème de l’accès aux traitements. « Les familles sont obligées de payer elles-mêmes les médicaments, ce qui est un frein évidemment très important. Cela étant, on compense en misant sur une prise en charge médico-sociale adaptée et surtout sur la solidarité familiale qui est très forte chez nous autour de ces patients », se félicite le docteur Goumé.

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