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Michel Kubler, Editorial de la Croix de ce jour (9/9/09)

 

Alors que les religions du monde viennent de faire, toutes réunies, le pèlerinage d’Auschwitz, une question résonne, lancinante, à partir de ce lieu d’horreur entre toutes les horreurs. Pour la première fois depuis son lancement il y a vingt-deux ans, le rassemblement interreligieux suscité par la communauté de Sant’Egidio n’était plus à lui-même son propre objet. Son but était moins, cette fois, de faire se rencontrer entre eux des représentants de toutes confessions – ce qui n’est déjà pas mal ! –, mais de les confronter ensemble à cette expérience sans équivalent que demeure, à la face du monde et de l’Histoire, la Shoah.

Sans équivalent ? Voilà qui ne va pas de soi pour tout le monde. Que le projet hitlérien d’éliminer radicalement le peuple juif soit d’une gravité extrême, des religieux de l’autre bout du monde pourront en convenir. Mais qu’il s’agisse d’un événement absolument unique dans l’histoire de l’humanité, voilà qui fera difficulté – notamment aux croyants, nombreux, qui ne reconnaissent pas ce peuple particulier comme porteur d’un projet divin exclusif. Il reste – comme l’a prouvé l’événement partagé hier, pour la première fois à cette échelle, à Auschwitz – que peu d’endroits, très peu, donnent à percevoir de manière si palpable le « mystère d’iniquité » qui ronge le cœur de l’homme, jusqu’à lui faire dénier l’humanité de son frère. Cette expérience-là, pour le coup, a valeur d’universalité.

Une autre question s’élève pourtant du lieu le plus symbolique de l’Holocauste. Celle-là frappe de plein fouet, précisément, l’ensemble des religions, quelle que soit la région du monde où elles sont ancrées. Elle concerne la responsabilité des religions elles-mêmes dans certains fléaux qui déchirent l’humanité. Laquelle d’entre elles, en effet, dira que jamais elle n’a – directement ou pas, délibérément ou non – attisé la haine envers un peuple, une communauté, une nation ? Le silence d’Auschwitz pourrait avoir cette force de confronter chaque croyant à son propre horizon spirituel. Pour faire mémoire, et donc repentance, de ses péchés contre l’homme. Pour ne plus jamais oublier Dieu en niant l’homme.

 

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