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L'Evangile de ce Dimanche aborde la question de l'importance, de la portée et de la gravité de "l'unité que Dieu crée" lorsque se forme un couple humain.
Difficile question pour notre société, pour notre Eglise !
Toute réflexion à ce sujet ne peut-être qu'ébauche et se doit d'entendre tant de souffrances. Je doute être à la hauteur de la tâche. Néanmoins, j'ai tenté les rubriques habituelles :
- Le mot du Dimanche
- Préparer le Dimanche

Par ailleurs, il me semble que notre réfléxion peut-être nourrie par un article publié dans la Croix hier. Prenez le temps de le lire et pourquoi pas de le faire connaître.

Divorcés et remariés, une proposition

(Xavier Lacroix, Université catholique de Lyon, La Croix 1 Octobre 2009)

Régulièrement, des articles ou sondages annoncent qu’une majorité de catholiques ne comprennent pas la discipline de l’Église à propos des fidèles divorcés et remariés. Dans ces positions, il faut discerner ce qui est simplement une expression de la philosophie dominante dans nos sociétés, et ce qui relève d’un véritable questionnement, de l’intérieur.

L’indissolubilité du mariage figure au premier rang des affirmations catholiques les moins bien reçues. Elle heurte de plein fouet la conception libérale ou contractuelle du lien. Elle affirme qu’un lien volontaire, librement choisi, peut être aussi fort, aussi définitif que les liens du sang. Ce qui au fond est une bonne nouvelle. Le sens commun a bien l’intuition que tout lien conjugal authentique est indélébile. Et le chrétien ne peut pas oublier l’interdit explicite du remariage, affirmé cinq fois dans le Nouveau Testament, dont l’historien John P. Meier vient de rappeler qu’il figure parmi les paroles les plus originales et certaines de Jésus.

 

Il y a certes un pas, un passage de la doctrine à la discipline, laquelle sera toujours imparfaite, comme le disait déjà en son temps saint Augustin.

Mais la question ne doit pas être abordée du seul point de vue des individus directement concernés. Il faut bien voir combien serait affecté l’engagement des époux présents et futurs, si l’Église célébrait des remariages et si elle fermait les yeux sur le problème posé par l’existence de deux liens, donnant à penser que le lien sacramentel puisse être dissous ou annihilé. Un sacrement qui serait « réitérable » n’aurait pas le même sens.

Sur quoi porterait d’ailleurs la sacramentalité s’il n’y avait pas unicité ?

La perte de celle-ci serait une perte dramatique pour l’Église et pour la société.

 

Il est des manières d’encourager le discours revendicatif de certains fidèles divorcés remariés qui augmentent leur souffrance. Ils vivent comme un interdit ce qui relève au fond d’un appel.

« Voulez-vous témoigner de l’indissolubilité au sein même de votre situation ? » demandait le cardinal Billé.

Et certaines manières de considérer le remariage comme allant de soi sont souvent sources de souffrance pour les fidèles divorcés qui ont volontairement fait le choix de ne pas se remarier, par fidélité au sacrement.

Tout ne se réduit pas à la question de l’accès ou non à l’Eucharistie. Les personnes sont confrontées à bien d’autres enjeux de vérité, de paix, de réconciliation, de fidélité aux obligations issues du premier lien.

La réflexion à ce propos m’a conduit à déplacer la question de l’Eucharistie vers le sacrement de réconciliation.

Au fond, ce qui est le plus douloureux, le moins facilement recevable est que les fidèles divorcés et remariés n’aient pas accès à ce sacrement.

Dans Familiaris consortio, Jean-Paul II déclarait : « La réconciliation par le sacrement de pénitence ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ. »

Je me suis demandé si les seules manières de manifester ce repentir étaient le changement de vie ou l’abstinence sexuelle.

L’essentiel n’est-il pas dans un chemin de vérité et de clarification, qui passerait par un temps de pénitence mais ne s’y réduirait pas ?

L’abstinence eucharistique a du sens, elle manifeste la reconnaissance d’une contradiction majeure avec un commandement important du Seigneur. C’est son caractère définitif qui pose problème, incitant à interpréter comme un interdit ce qui est appel à un cheminement : vers la conversion, l’humilité, l’aveu du péché.

Un temps de pénitence limité, comme dans l’Église ancienne, à sept ans par exemple, marquerait la reconnaissance de la transgression et, par là, de l’indissolubilité elle-même.

Le pardon demandé ne serait pas un dû. Il ne s’agirait pas de se justifier. Au contraire, il s’agirait de se reconnaître pécheurs, en reconnaissant aussi la permanence du premier lien, dans une démarche à la fois personnelle et communautaire. Il est de tradition dans l’Église d’affirmer que l’aveu du péché est contemporain de la réception du pardon. Les chemins de la grâce sacramentelle ne coïncident pas toujours avec ceux de nos règles, aussi légitimes soient-elles. Il faudrait trouver la juste relation entre éthique, droit et sacramentalité.

Il est possible de dire à la fois la loi et la miséricorde, ce que certains font déjà, au sein de la discipline actuelle. La recherche qui vient d’être évoquée ne contredit pas ces propositions ; elle pousse peut-être leur logique un peu plus loin.

 

(Pour plus de développements, voir le dernier chapitre de l’ouvrage collectif Oser dire le mariage indissoluble, sous la direction de Xavier Lacroix, Cerf, 2001.)

 

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