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Currière 026En espérant que vous avez avancez dans vos différentes lectures de Carême...

Cette semaine mis à part les rubriques habituelles (le mot du Dimanche, Préparer le Dimanche, deux nouvelles fiches de Lecture priante de l'Evangile de Matthieu -Fiche n°11 et Fichen°12), une lecture suggérée par l'actualité littéraire religieuse :

 

A Cause de Jésus !

Pourquoi, je suis demeuré chrétien et resté catholique.

 

(Joseph Doré, A Cause de Jésus ! Pourquoi, je suis demeuré chrétien et resté catholique, Plon, 2011)

 

À travers ce témoignage en toute liberté de l’ancien archevêque de Strasbourg, c’est l’histoire de toute une génération qui est racontée

 

C’est la première fois qu’un évêque évoque la fatigue de cette charge.

«J’étais un évêque heureux », écrit Mgr Joseph Doré, qui fut archevêque de Strasbourg pendant dix ans, jusqu’en 2007, date à laquelle il a quitté sa charge avant d’atteindre l’âge de la retraite épiscopale, 75 ans. Mais ce n’est sans doute pas un hasard s’il a attendu d’avoir cet âge pour écrire ses mémoires. Comme s’il retrouvait ainsi la liberté de relire l’ensemble de sa vie. Une liberté qui transparaît à travers ces pages où l’archevêque émérite raconte un itinéraire singulier, qui est celui aussi de toute une génération : le séminariste d’Ancenis, en Loire-Atlantique, le soldat confronté à la mort avec la guerre d’Algérie, le jeune prêtre enthousiasmé par Vatican II, puis mis à l’épreuve par 1968, le théologien, et l’évêque enfin. Tout au long de l’entretien, l’auteur ne se dérobe aux questions, doutes, difficultés rencontrés.

C’est ainsi la première fois qu’un évêque ose soulever le tabou du poids et de la fatigue de la charge épiscopale, et aussi des calomnies qu’il faut supporter. Pour Mgr Doré, elles prirent rapidement l’allure de véritables campagnes, lettres anonymes, menaces. Une première vague fut provoquée par son refus d’accepter un monastère traditionaliste. Une seconde par une minorité d’Alsaciens qui n’ont jamais accepté de voir un non-Alsacien à la tête de l’archevêché de Strasbourg et firent courir la rumeur d’une relation intime supposée avec une femme de son entourage. Avec un certain courage, qui tient sans doute aussi de la thérapie, l’auteur dit la peur, l’incompréhension, la honte, l’abattement : « J’ai mesuré la puissance destructrice de la calomnie. » Certes, c’est le lot de toute vie publique, et un évêque sait qu’il est ainsi exposé. Pourtant, Mgr Doré met aussi le doigt sur une maladie insidieuse qui ronge l’Église, à savoir le goût de certains de ses membres pour la dénonciation, la calomnie et la haine à l’encontre d’autres membres de cette même Église.

Trouver une telle liberté sous la plume d’un responsable catholique est rare. À elle seule, elle donnerait tout son poids à ce témoignage, écrit dans une langue lumineuse. Il y a plus. Mgr Doré est un théologien passionné, et passionnant. Un « passeur de parole » , comme il aime à se définir lui-même, et il met ainsi son itinéraire sous le regard du théologien. Résultat, il y a deux livres dans un : celui qui retrace une vie particulière, dans le prolongement des entretiens que Mgr Doré avait déjà eus avec Michel Kubler et Charles Ehlinger (1). Et l’autre, qui dit un chemin d’Église, avec le recul de celui qui se sait parvenu à « la saison des vendanges ». Chacune des étapes est relue avec précision et profondeur, à travers cette question, annoncée dès le titre : « Comment je suis demeuré chrétien et resté catholique. » Exemple, dans les années 1970, le jeune prêtre voit ses collègues quitter le ministère, l’enseignant sulpicien est confronté à des étudiants manipulés par une minorité trotskiste, et le théologien mis au pied du mur par les maîtres de la Sorbonne de l’époque, qui s’attachent à déconstruire l’homme comme sujet libre : Lévi-Strauss, Althusser, Foucault et Lacan, Derrida, Deleuze… On mesure mal aujourd’hui l’ébranlement que cela signifiait alors. Le P. Doré lit, discute, se laisse questionner, jusqu’au cœur de sa foi. Il va, témoigne-t-il, vivre une « refondation » , c’est dire si l’opération dut être douloureuse. C’est alors que, écrit-il, en acceptant ce questionnement, « je découvrais non seulement une liberté, mais, mieux encore, ce que j’oserais appeler une libération de ma liberté, et elle avait un nom : Jésus » .

Jésus, et Jésus-Christ, du nom de la collection qu’il a créée, et qui constitue, au fond, le point fixe de son existence (lire La Croix du 23 décembre 2010) . Celui qui a déterminé le mouvement de toute une vie, le Jésus qui révèle qui est Dieu, à travers la folie de la Croix, et qui est l’homme, à travers son Amour. L’Église des 75 ans de Mgr Doré n’a pas grand-chose à voir avec celle à laquelle le petit séminariste des années 1950 souhaitait consacrer sa vie. À la fin de son parcours, l’auteur en ausculte les blessures, les crises, et tente d’y répondre, toujours avec Jésus comme point d’ancrage.

C’est aussi la marque de toute une génération de prêtres, qui arrive maintenant à l’âge de la « retraite ». Celle qui a mis en œuvre le Concile, affronté la sécularisation, bravé les tempêtes de 1968, puis les remises en cause de ces dernières années venues des rangs traditionalistes. Ce beau témoignage de Mgr Doré met ainsi en lumière l’héritage laissé à l’Église par cette génération qui a eu le courage de se risquer au monde.

 

(1) La Grâce de vivre de Mgr joseph doré. entretiens avec Michel Kubler et Charles ehlinger. Bayard/la Croix, 506 p., 22,80 €.

 

 

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