Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

copenhague.jpg(La Croix du 30/1/2010 ; Forum, Mgr Marc Stenger, président de Pax Christi France, antenne environnement et modes de vie Mgr Michel Dubost, président de Justice et Paix France)


Les chefs d’État et les délégués de tous les pays se sont réunis à Copenhague pour décider de mesures urgentes et concrètes visant à réduire, à défaut de pouvoir les maîtriser, les répercussions du réchauffement climatique en cours. Leur présence, leurs débats, étaient porteurs de beaucoup d’espoir ; ils ont provoqué dans l’opinion publique une perception plus claire de la responsabilité de l’homme dans la forte accentuation du dérèglement climatique. Maintenant que la conférence est achevée, force est de constater que les résultats affichés ne sont pas à la hauteur de l’attente des milliards d’habitants de la planète. Commençons par prendre acte de certaines avancées pour ne pas risquer de « jeter le bébé avec l’eau du bain ».

Sans conclure sur des engagements concrets, l’accord reconnaît l’objectif commun de limitation à 2 °C du réchauffement global de la planète, et une solidarité pour l’atteindre. Mais il ne fait qu’ouvrir la voie à de nouvelles négociations pour contractualiser, par pays, la participation de chacun à cet effort. Il amorce aussi un financement pour aider les pays pauvres à se protéger des effets climatiques et à opérer un développement moins polluant que le nôtre, en protégeant, entre autres, la forêt. Or, cet objectif de température, proposé par crainte des conséquences futures, est simplement une question de justice vis-à-vis de nos contemporains qui habitent les régions plus pauvres et des générations futures.

C’est aussi une question de respect pour la création, matrice qui donne vie à l’humanité et au sein de laquelle Dieu a voulu venir à la rencontre des hommes. Ce choix de l’incarnation interpelle les chrétiens dans leur foi en la Création comme projet de Dieu : « Si tu veux construire la paix, protège la création », c’est justement le thème du message que Benoît XVI nous a adressé pour le 1 er janvier 2010.

Prenons acte aussi que, depuis des années, l’Europe s’est située en leader, et qu’avec la France, elle s’est engagée à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre de 20 à 30 % d’ici 2020 et à les diviser par quatre d’ici 2050, par rapport à ce qu’elle émettait en 1990.

Mais nous devons aller plus loin. Nous avons souhaité la construction européenne pour que l’Europe ait un véritable poids dans la mise en place de la nécessaire gouvernance mondiale et sur la correction des injustices internationales : il nous faut aujourd’hui être encore plus exigeants pour l’Europe. La mise en place du traité de Lisbonne, renforçant le rôle du Parlement et la capacité du président permanent du Conseil à parler au nom des 27 États membres, ouvrant également la voie à un service diplomatique commun, doit être l’occasion de peser plus fortement sur ce dossier. Il y a là un défi formidable non seulement pour une Europe politique en mal de projet mais aussi pour ses 500 millions de citoyens. En effet, cela ne se fera pas sans nous, tant les changements dans nos modes de vie devront être importants. C’est donc un appel à redoubler de créativité !

Car, constatant l’absence d’objectifs concrets des gouvernements au-delà des avancées citées, et le frein de beaucoup de responsables financiers et économiques, il nous faut maintenant, plus que jamais, agir et faire agir à la base. Il dépend de chacun de nous de participer à l’effort de la société civile, exigé par la situation présente, en modifiant profondément, dès maintenant, certains traits de nos modes de vie dans un souci de modération, de solidarité et de justice. À nous, chrétiens, de participer joyeusement et pleins d’espérance à cet effort. La pression que nous avons à exercer sur nos gouvernants ne sera efficace que si nous nous engageons, dès maintenant, à adhérer à des programmes d’économie d’énergie, à investir dans des solutions d’isolation et de chauffage très performantes, à utiliser les transports en commun, à circuler davantage à pied ou à vélo, et, plus largement, à nous réjouir dans la modération, non pas pour ellemême, mais pour ce qu’elle permet, parce qu’elle est la promesse d’une nouvelle présence à la nature et à l’homme, d’un nouvel horizon de notre « être au monde ».

En effet, notre bonheur futur viendra d’un meilleur équilibre entre notre consommation personnelle, notre relation avec les autres et notre relation avec Dieu.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :