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(Henri Madelin, Forum, La Croix, 15/10/09)
Le comité Nobel norvégien a créé la surprise, il y a quelques jours, en attribuant le prix Nobel de la paix à Barack Obama. Parmi les motifs invoqués dans les communiqués en provenance d’Oslo, on souligne « ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples » et surtout sa vision et ses efforts pour bâtir « un monde sans armes nucléaires ». Selon les sondages, l’hôte de la Maison-Blanche jouit d’une grande popularité. Plus dans le monde que chez les siens, il représente une forme d’espoir dont on a peu d’exemples dans la période actuelle. George Bush nous avait déçus par la médiocrité de la politique qu’il conduisait. C’est la surprise et la joie qui nous ont saisis quand l’Amérique a hissé sur le pavois du pouvoir Barack Obama et son épouse. Avec l’élan de la jeunesse, un charisme incontestable, une équipe talentueuse, le nouvel élu a entrepris de s’attaquer aux désordres de notre monde et aux injustices criantes lovées au cœur de la société américaine.

Mais le jury d’Oslo semble être allé un peu vite en besogne, comme le souligne la presse américaine. Le jeune président n’en est qu’à ses débuts et il est déjà freiné dans son élan en Corée du Nord et au Proche-Orient. On devine qu’il est en face de décisions coûteuses et douloureuses pour remédier à l’enlisement actuel de l’Otan en Afghanistan. Que dire de la partie de poker difficile qu’il joue avec un Iran en passe de se doter de l’arme nucléaire ? Saura-t-il trouver la bonne stratégie pour faire sortir son pays de la crise en tentant de contrôler un système bancaire devenu ivre et un libéralisme qui ne veut pas connaître de régulations, même lorsqu’il s’agit de promouvoir une politique publique de santé ou de lutter contre le réchauffement climatique ? Mais force est de reconnaître que le nouvel élu a su, en même temps, déverrouiller très vite des portes fermées en s’attaquant aux horreurs de Guantanamo et aux méfaits de l’unilatéralisme impérial de son propre pays…

Du coup, un vieux racisme atavique à l’égard des Noirs commence à se réveiller et le commerce des armes à feu à se renforcer. C’est peut-être même pour prévenir des risques d’attentats contre sa personne que le jury d’Oslo lui a très vite accordé une autre forme de légitimation que celle des urnes.

La question que l’on peut se poser après l’attribution de ce prix est de savoir d’où lui vient la qualité de ses ressources intérieures, sa capacité à travailler en équipe et à faire face au choc des événements ? Les lecteurs de son livre passionnant, Les Rêves de mon père, ont pu découvrir comment cet homme né d’un père noir et musulman et d’une Américaine blanche a su construire sa vie à travers les méandres d’un parcours difficile et contrasté, à Hawaï en milieu blanc, en Indonésie parmi les Javanais, sur le terrain des quartiers déshérités de Chicago, dans le tohubohu du Kenya, patrie de son père et de sa lignée africaine. Il semble illustrer à merveille les thèses de la « résilience » popularisées en France par Boris Cyrulnik. La résilience a longtemps signifié la résistance des matériaux aux chocs, avant que les Anglo-Saxons ne l’appliquent aux sciences humaines. Pour faire droit à cette approche afin d’expliquer le parcours de Barack Obama, il convient de dire avec Michel Manciaux que la résilience représente « la capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer, à continuer à se projeter dans l’avenir, en présence d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois sévères ».

Baignant dans la diversité des opinions et des pratiques propres aux sociétés modernes, Obama s’offre à nous aujourd’hui comme un homme de fortes convictions. Il s’en est expliqué lorsqu’il est venu parler il y a quelques mois devant les étudiants de l’une des grandes universités catholiques américaines, l’université Notre-Dame. Il a raconté à son jeune auditoire qu’après ses études universitaires il s’était impliqué dans une animation sociale pour les quartiers de South Side de Chicago, totalement ravagés à l’époque par la fermeture des aciéries. Il faisait partie d’une équipe assez éclectique : Églises catholique et protestantes, organisateurs juifs et africains-américains, ouvriers noirs, blancs et hispaniques habitant le quartier. Pendant qu’il travaillait au sein de ces équipes d’assistants sociaux, « quelque chose d’autre est arrivé… Je me suis senti attiré non seulement par le travail au sein de l’Église, mais par l’Église elle-même. » Et il conclut : « C’est grâce à ce travail que j’ai cheminé vers le Christ. »

Ancré dans cette réalité christique d’une manière très américaine, le responsable politique qu’est devenu Barack Obama a séduit le comité Nobel et n’a sans doute pas fini de nous surprendre.

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