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Repos, silence, solitude...c'est le moment favorable !

A très bientôt

(La Croix, Mercredi des cendres 2012, Méditation de Carême, François Picard, Prêtre de l’Oratoire)

Entre le secret de la conscience et la société du spectacle, l’Évangile nous propose de tracer un i t i n é ra i re, c e l u i d’une vie juste. À l’heure des multiples mutations que nous vivons, notre rapport flottant à une diversité de traditions a pour conséquence de livrer l’intériorité à d’innombrables labyrinthes. Chacun peut faire l’expérience de soi comme d’un monde d’hésitations, de tensions, un monde complexe, morcelé à l’infini. Chacun peut alors se reconnaître dans la manière dont Pierre de Bérulle parle de l’homme, comme d’un « monde qui a plus de secrets et de diversités, plus de perfections et de raretés que le monde que nous voyons ». En effet, « l’homme est composé de pièces toutes différentes. Il est miracle d’une part, et de l’autre un néant ! Il est spirituel d’une part et corporel de l’autre. C’est un ange, c’est un centre, c’est un monde, c’est un Dieu, c’est un néant environné de Dieu, indigent de Dieu, capable de Dieu et rempli de Dieu, s’il veut. » La tentation peut être de considérer la « vraie vie » au seul plan de la gestion de cette complexité humaine.

La bonne nouvelle de Pâques dit autre chose. Car envisagée pour elle-même, cette vie-là est un leurre. Elle est certes bien réelle, comme peuvent aussi l’être les leurres. Mais une telle gestion de soi est insuffisante pour donner sens à un itinéraire menacé d’être ballotté au gré des événements et des contraintes dans lesquelles l’homme d’aujourd’hui se dit trop souvent empêtré. Elle est insuffisante pour donner sens à la succession de décisions prises sans prendre le temps de distinguer l’urgent de l’important. Chacun peut pressentir qu’une telle gestion de soi reste à la surface sans atteindre la profondeur où se joue la liberté humaine.

À la différence d’autres textes qui associent sainteté avec un parcours lisse et sans failles, l’expérience de Bérulle lui permet d’annoncer la possibilité d’entrer en relation avec Dieu à la suite de Jésus au sein même des contradictions d’une vie intérieure, aussi douloureuses soientelles, aussi singulier soit l’itinéraire : à tout instant, l’homme demeure « capable de Dieu, s’il veut », car à tout instant, chacun demeure appelé par son nom. Dans ce don de l’Esprit Saint, réside la liberté de l’homme empêtré dans ses histoires. Comme le dit la prière eucharistique, « Nous te rendons grâce car tu nous as rendus dignes de nous tenir devant toi. » Sans conditions préalables. C’est cadeau ! Donne-nous Seigneur un cœur nouveau !

Dans la tradition chrétienne, l’engagement dans une relation libre avec Dieu a pris la forme des Conseils évangéliques. Réputés réservés à la vie religieuse, ils sont proposés à tous les baptisés engagés à la suite de Jésus. Mais en ces temps de crise et d’incertitude, beaucoup de cartes sont rebattues. « Le jour où j’ai prononcé mes vœux religieux de vivre dans la pauvreté, la chasteté et l’obéissance, ce jour-là, j’ai été assuré de bénéficier d’un toit, d’un couvert et d’une communauté de frères pour tout le reste de ma vie ! », reconnaissait un dominicain. Entendre ceci peut avoir un goût étrange pour les personnes qui sont confrontées à l’une ou l’autre forme de pauvreté sans l’avoir choisie, au célibat sans l’avoir choisi, à des hiérarchies oppressantes sans pouvoir y échapper.

Comment donner sens à un itinéraire où s’empêtre une existence complexe ? La vie nouvelle dont Jésus a vécu s’est manifestée à travers un itinéraire qui n’avait rien de lisse, mais qui s’est écrit dans un don de soi avec et pour les autres, vécu à l’intérieur d’une relation de confiance avec Dieu. Cette confiance-là a payé : Les vagues mugissent, la barque passe (cf. Marc 6). Sa résurrection annonce qu’il n’est pas vain de vivre cette vie-là. Donne-nous Seigneur un cœur nouveau !

La résurrection de Jésus est le nom de cette plénitude heureuse que chacun cherche empêtré dans ses histoires. L’Évangile nous met en garde contre la tentation de vivre cette quête en nous donnant en spectacle sur la place publique, dans les églises ou, aujourd’hui, sur Facebook et autre Twitter. Pour goûter cette plénitude heureuse, laissonsnous conduire par l’Esprit à la suite de Jésus dans le sanctuaire de notre conscience, là où se noue, se vit et se renouvelle l’Alliance d’une vie donnée avec et pour les autres. Donne-nous Seigneur un cœur nouveau !

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