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2009-12-06-003.JPGDe mon côté, pas de changement,

 la voix de la pédication est assurée comme à l'habituel !

-Le mot du Dimanche

-Préparer le Dimanche

 La réfexion lue dans la Croix ce jour, me donne "courage" pour poursuivre la route avec chacun de vous...au coeur de l'aventure : l'annonce de la Parole du Christ...au coeur de l'aventure : une parole qui parle au coeur de chacun !

Belle semaine

 

(Christophe Boureux, théologien, Débats et forum, La Croix 7/5/2010)

L’art oratoire chrétien se déploie aujourd’hui principalement pendant la liturgie dominicale. Le prédicateur prononce l’homélie après avoir lu l’évangile, et c’est dans ce cadre privilégié que le pouvoir de la voix se met au service de la proclamation de la foi au Christ mort et ressuscité. Expression de la Parole de Dieu, la parole du prédicateur a une dimension sacramentelle pour l’assemblée des croyants. La « voix de l’Église » célébrant sa foi dans la prière liturgique se concentre à ce moment-là dans celle du prédicateur, selon ce que saint Paul écrit : « La foi vient de la prédication (de ce qui est écouté) et la prédication, c’est l’annonce de la parole du Christ»

(Rm 10,17). La proclamation de la foi est possible parce que « tout près de toi est la parole, dans ta bouche et dans ton cœur » (Rm 10,8). La parole de la foi est simultanément dans la bouche et dans le cœur. La bouche exprime la foi dans un discours sonore extérieur. Le cœur (au sens biblique et paulinien) est le siège des affections et des pensées et par conséquent le principe de la vie morale et religieuse. La foi est dans le cœur du chrétien comme le principe qui conduit son existence.

Annoncer la parole du Christ, prêcher, c’est « parler avec son cœur » et c’est précisément ce que réalise la voix. Car la voix est cette charnière. La voix profère un discours composé de phrases et de mots qui sont agencés selon une grammaire et une syntaxe. Simultanément, la voix est portée par une intention de dire qui provient du cœur dont elle manifeste la qualité et l’identité. On reconnaît quelqu’un à sa voix mais cela suppose qu’il dise quelque chose, ne serait-ce que « allô ? » au téléphone.

Car la voix n’est pas simplement le médium neutre de la parole, une espèce de dispositif technique commel’ensemblemicrophone-amplificateur - haut-parleur qui sert à transmettre le son d’un endroit à l’autre. Maurice Druon aurait dit, de son confrère prédicateur de l’Académie française : « Le P. Carré, c’est une voix ». Car, en effet, ce n’était pas d’être bien rodé à l’art oratoire et à la correction de la langue française qui lui permettait de déployer la signification de la parole de la foi, c’était aussi une voix chaleureuse et bien timbrée, pleine d’humanité sachant se faire joyeuse ou grave. Le P. Carré en connaissait les risques et il aimait à rapporter cette anecdote dans laquelle une dame était venue lui dire sa gratitude car sa prédication l’avait bouleversée et avait changé sa vie. Lui ayant demandé à quel moment, elle lui répondit : « Quand vous avez dit : “Passons au point suivant.” »

Le pouvoir de la voix est tout entier contenu dans ce trait d’humour. Car la voix est foncièrement porteuse d’une séduction ambivalente. Elle peut permettre à la signification du discours de rejoindre par empathie la situation de son auditeur, comme elle peut revêtir un discours insensé d’une force de captation qui emprisonne. L’orateur chrétien, comme tout orateur, doit apprendre à gérer cette séduction de la voix qui lui permet de transformer l’assemblée de son auditoire en une communauté de destin et d’intérêt.

Dans la prédication, le pouvoir de la voix se met au service de la fonction du témoin. Elle est à la jonction de la signification de la parole et de l’engagement dans l’accomplissement de cette parole, à l’articulation de ce qu’exprime la bouche et de ce que croit le cœur. Le témoin est à l’interface de l’objectivité de ce qu’il atteste et de la subjectivité par laquelle il transmet. C’est avec tout ce qu’il est, avec sa singularité, son histoire, sa culture, sa psychologie, son âge, son genre sexuel, son corps qu’il rend compte d’un fait, d’un événement, d’une idée, d’une croyance. Ces derniers, qui peuvent exister sans lui parce que présents chez d’autres, trouvent cependant en lui leur seul et unique organe de transmission. Le témoin ne fait qu’un avec sa voix, cheville ouvrière de la vérité.

Dans la prédication chrétienne, il n’y a pas de vérité purement objective. La voix y remplit le rôle décisif de l’opérateur symbolique qui relie l’intériorité du cœur avec l’extériorité du monde et des mots, l’identité propre avec l’altérité de celui à qui on s’adresse. Pour être le témoin de la parole qui concerne absolument la destinée de l’homme devant Dieu, il est nécessaire que la voix s’ajuste tant au contenu de la parole qu’à son destinataire. Il y a des codes sociaux et culturels à respecter, des hauteurs de tonalité à utiliser, des formes de diction à emprunter, guidé tant par la rhétorique que par l’orthophonie. Le pouvoir de la voix dans la prédication n’est pas un potentiomètre qu’il suffirait de régler sur son auditoire pour lui transmettre et lui interpréter la signification de la Parole de Dieu. Certes la voix est la part du corps que la parole fait taire, la voix semble devoir s’effacer devant la signification de la parole. Mais une véritable parole incarnée n’a pas d’autre organe de présence au monde et à autrui que notre voix parfois rocailleuse ou tendre, usant de ses charmes juvéniles ou flétris pour témoigner de notre humaine condition, là où Dieu ne cesse d’advenir.

 

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