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(Geneviève Jurgensen, Regards, La Croix 1 Décembre 2012)

On s’étonnerait du silence de l’UMP sur la hausse tragique du chômage si on pouvait en attendre quelque chose. Mais depuis le vote du 18 novembre pour l’élection, à la tête du mouvement, d’un des deux seuls candidats, le parti est comme une famille rongée par des urgences personnelles et ne peut se mobiliser pour rien d’autre que leur résolution. Quand le feu est déclaré, quand il faut sauver les meubles, on pense pompiers, points d’eau, noria, sans lesquels on risque de tout perdre définitivement. C’est quelqu’un de la famille qui a mis le feu ? Par imprudence, par maladresse, par incompétence, peut-être même dans un esprit malfaisant ? On verra ça plus tard, pour le moment, il faut l’éteindre. Traiter l’événement comme s’agissant d’une pièce de boulevard n’est pourtant pas une fatalité. À plusieurs reprises, j’ai entendu des chroniqueurs radio c o m m e n t e r l e s meilleurs tweets sur le sujet, sélectionnés par leurs soins sur le réseau Twitter. Des joutes verbales s’y tiennent sur tout et sur rien, stimulées par la contrainte de se montrer brillant en moins de 140 caractères (environ 25 mots). Le vainqueur est facile à désigner, puisqu’il se reconnaît au nombre de fois où son tweet a été retransmis par ceux qui l’ont lu. Ce critère favorise les calembours dignes de l’almanach Vermot. On a tous le droit de rire à de mauvaises blagues, y compris de choses bien plus cruelles, mais pourquoi les mêler aux tranches horaires réservées à l’actualité ? N’avons-nous suffisamment d’émissions comme « Les Grosses Têtes » sur RTL ou « On va s’gêner » sur Europe 1 pour rire ensemble, au jour le jour, du théâtre politique ? Faut-il se réjouir que dans les horaires dédiés, l’actualité soit traitée façon cabaret ? Pas étonnant que Radio Classique enregistre une progression si nette, tant sur les programmes musicaux que sur les matinales consacrées à l’information. L’esprit de sérieux a ses adeptes, plus nombreux sans doute au fur et à mesure que s’élève l’âge moyen d’une population. Ou, plus exactement – les auditeurs des Grosses Têtes n’étant pas réputés nés d’hier –, peut-être vient-il un moment, particulièrement quand tout se complique, où on veut garder l’esprit clair et savoir à quoi on joue, au citoyen inquiet qui s’informe et espère voir une issue à l’impasse, ou au grand gosse potache qui envoie des vannes à tort et à travers. Les réseaux sociaux, eux aussi, mériteraient qu’on en parle mieux. Ils sont de véritables mines d’or, capables de changer les vies dans le bon sens. Il n’est pas un sujet, médical, scientifique, intellectuel, spirituel, qui n’y suscite ses rendez-vous de réflexion commune et de partage des connaissances. Ils permettent à des groupes de tous les pays du monde d’échanger gratuitement les savoirs petits et grands qui font progresser la recherche, ce qui est toujours un atout, et améliorent la vie quotidienne, y compris quand elle ressemblait à un cauchemar.

Les exemples pullulent, du plus banal au plus exceptionnel. Banal : votre nouvel ord i nate u r ne comprend pas un ordre que vous lui donnez. Vous avez pourtant exécuté la demande selon les règles. Que faire ? Payer une assistance téléphonique ou poservotre question à des usagers comme vous, qui ont rencontré cet obstacle comme vous, et ont réussi à le contourner ?

Exceptionnel : votre adolescente soudain est prise de crises d’hallucinations. Vous n’obtenez de l’hôpital où elle a été admise que des réponses passe-partout et un pronostic plus que vague. Sur Internet, en discutant de proche en proche avec des inconnus confrontés au même drame, vous allez savoir ce que recommandent leurs propres médecins, même australiens, turcs, japonais (du moment que vous parlez un peu l’anglais) et, surtout, vous allez profiter de leur antériorité et donc de leur expérience. Ce qui a marché, ce qui a échoué, les approches médicamenteuses ou pas, selon vos affinités.

Les réseaux sociaux ont pris assez d’importance pour que des journalistes se consacrent à leur observation. Ils nous signalent efficacement certains dangers, c’est bien. Mais ces réseaux sont aussi un atout réel, concret, efficace, contre la solitude devant l’épreuve, petite ou grande. Qui sait, peut-être François Fillon et Jean-François Copé auraient-ils intérêt à rejoindre un forum ad hoc, sur Yahoo, Facebook ou en tapant annuairedeforums.com ?

 

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