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(Paul Tihon, Jésuite, Théologien, article paru dans la libre Belgique)

http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/700167/des-transgressions-legitimes.html

L’"Appel à la désobéissance" lancé le 19 juin de cette année par un groupe de prêtres autrichiens n’a pas fini de provoquer des remous, adhésions et condamnations. Le cardinal Schönborn, l’archevêque de Vienne, tout en étant soucieux d’éviter des divisions dans son Eglise, a eu comme première réaction de dialoguer avec les prêtres en question. Il est suffisamment lucide pour savoir que les sept points contenus dans l’"Appel à la désobéissance" rejoignent les convictions et, sur certains points, la pratique de nombreux prêtres, et pas seulement en Autriche.

Quels sont les points plus "sensibles" ?

Ne plus refuser la communion aux croyants divorcés remariés ou qui appartiennent à d’autres églises chrétiennes; appeler "Célébration eucharistique sans prêtre" les célébrations avec distribution de la communion; ne plus tenir compte de l’interdiction de prêcher fait aux laïcs formés et aux professeurs de religion (Religionslehrerinnen); changer l’image du prêtre pour que chaque paroisse puisse avoir un responsable, homme ou femme, marié ou non; s’exprimer publiquement en faveur de l’ordination à la prêtrise de femmes et d’hommes mariés.

Pour les "acteurs de terrain", ces points n’ont rien de surprenant. Si les titres de la presse ont parlé d’un "vent de rébellion", les commentaires soulignent qu’ils jouissent d’"un large soutien dans l’opinion" - en tout cas dans nos pays. L’initiateur du mouvement, Helmut Schüller, ancien vicaire général de l’évêque, curé d’une des paroisses de Vienne, s’est expliqué sur ce qui a motivé cet Appel. Le préambule du texte est clair : "Le refus de Rome d’adopter des réformes depuis longtemps nécessaires et l’inaction des évêques ne permettent pas seulement, mais exigent que nous suivions notre conscience et que nous agissions de manière autonome."

Dans l’actuelle tendance au recentrage qui domine au Vatican, on peut comprendre que, pour un nombre croissant de prêtres, il devenait impératif, en conscience, non seulement d’adopter des pratiques transgressant les règles officielles, mais de les afficher, pour amener, si possible la hiérarchie catholique à accepter officiellement des changements déjà largement entrés dans les faits. En effet, sur le terrain, l’application sans discernement des règles en vigueur peut en certains cas blesser gravement des personnes et des communautés et les éloigner de la communion ecclésiale. Dans les sociétés en changement rapide comme les nôtres, le droit est souvent en retard sur les faits. Mais l’initiative des innovations provient rarement des autorités en place. Les modifications du droit sont généralement précédées par l’introduction de "coutumes contraires au droit". Ces "transgressions" s’introduisent à la faveur d’une tolérance tacite des autorités, même si celles-ci, périodiquement, jugent nécessaire de rappeler les règles. Jusqu’au jour où il devient impératif de les modifier. Jusque-là, "faites-le, mais ne demandez pas ma bénédiction". Les auteurs de l’Appel invoquent un devoir de conscience.

Peut-être est-il bon de rappeler qu’il existe en la matière une série de critères généralement admis. Je les évoque rapidement : la reconnaissance d’un état de besoin qui n’est pas le fait d’un individu, mais d’une communauté; la volonté d’être fidèle à l’Esprit, ce qui se traduit en

pratique par la disponibilité à adopter des solutions meilleures; le souci de rester cohérent avec la visée initiale; enfin, la volonté de sauvegarder la communion, quitte à accepter de passer par une phase conflictuelle. De tels choix de transgression comportent des risques. Y compris celui de l’échec. En un temps où l’avenir du christianisme à l’occidentale est plein

d’obscurités, la prise de risque est nécessaire. C’est là qu’intervient le critère finalement décisif : l’innovation qui transgresse les règles en vigueur sera-t-elle ou non "reçue" dans l’Eglise ? Cela demande parfois du temps. Sur ce point, nous ne pouvons que faire confiance à la sagesse de ceux et celles qui nous suivront et "recevront", ou non, nos essais plus ou

moins tâtonnants.

 

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