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La Croix, Rubrique Religion, 22/11/2011

 

À plusieurs reprises, Benoît XVI a estimé qu’il fallait « mener une réflexion plus intense » sur le problème « épineux et complexe » des divorcés remariés. Certains théologiens évoquent des perspectives légitimes, négligées jusqu’ici, qui leur rouvriraient l’accès aux sacrements, en dehors d’une déclaration de nullité de mariage.

Une autre approche de l’Eucharistie et de la vie chrétienne

Si l’Église catholique considère l’Eucharistie comme « la source et le sommet de la vie de l’Église », elle rappelle que sa célébration ne se limite pas à la communion. Plusieurs théologiens appellent ainsi les pasteurs à mettre l’accent sur tout ce dont on peut se nourrir à la messe : la Parole de Dieu, la liturgie, et plus largement la vie de prière qui ne passe pas uniquement par les sacrements. « Il s’agit de mettre en lumière tout ce qu’il reste de vie théologale possible à partir du baptême », avance le P. Jacques Turck, curé à Issy-les-Moulineaux (Hautsde-Seine) et ancien directeur du service Famille et Société à la Conférence des évêques de France. « Qui oserait dire que la lecture assidue de la Parole de Dieu n’est pas une rencontre avec celui qui parle en cette Parole ? Qui oserait dire que la participation à l’assemblée dominicale n’est pas une rencontre avec le Christ en Église ? » Plus largement, certains – comme l’association Miséricorde et Vérité (avec les P. Jacques Nourissat et Éric Jacquinet (1)) – insistent sur l’approfondissement de la vie spirituelle des chrétiens divorcés, quelle que soit leur situation conjugale, et sur l’accompagnement personnalisé de chacun en fonction de son histoire.

Le modèle orthodoxe : permettre une deuxième union

Certains théologiens sont d’avis que l’Église catholique pourrait admettre une deuxième union. Ils se fondent notamment sur l’Évangile de Matthieu (19,9) : Jésus y affirme qu’il est impossible de répudier sa femme et d’en prendre une autre sans commettre d’adultère, « sauf en cas d’infidélité » (cette interprétation est toutefois restée minoritaire dans l’histoire de l’Église). D’autre part, ils invoquent le concile de Trente qui a rejeté le remariage dans l’Église latine, mais pas de manière absolue pour ne pas condamner la pratique de l’Église orthodoxe. Certains théologiens estiment ainsi que les catholiques pourraient s’en inspirer. L’Église orthodoxe, tout en affirmant l’indissolubilité du mariage, admet la possibilité d’une deuxième voire d’une troisième union devant Dieu, en vertu du « principe de miséricorde ». Ce rite, qui succède à un temps de pénitence, n’est d’ailleurs pas un sacrement mais il permet au couple de communier à nouveau.

Un chemin pénitentiel

Encore plus que l’Eucharistie, c’est le non-accès définitif au sacrement de réconciliation qui pose question. La réflexion théologique, avance le P. Alphonse Borras, canoniste belge, devrait s’inspirer du choix fait par l’Église au IIIe siècle : « Les chrétiens qui avaient apostasié en période de persécution s’étaient mis, objectivement, à l’écart de la communion. L’apostasie était alors le grand péché du IIIe siècle. Pourtant, l’Église a choisi de les réintégrer : non par laxisme, mais par réalisme, estimant que, tombés une fois, ils seraient plus forts grâce au soutien de la communauté. »

Ainsi, sans remettre en cause la doctrine sur l’indissolubilité, certains envisagent des « marges de manœuvre » sur le plan pastoral. Ils mettent en question notamment l’impossibilité définitive d’accéder aux sacrements, qui risque de gommer l’aspect de cheminement proposé dans une démarche de réconciliation avec Dieu et son histoire.

« L’essentiel n’est-il pas dans un chemin de vérité qui passerait par un temps de pénitence mais ne s’y réduirait pas ? », interroge Xavier Lacroix. Le théologien moraliste propose « un temps de pénitence limité, comme dans l’Église ancienne, à sept ans par exemple ».

Un temps de jeûne eucharistique suffisamment long pour bien marquer « la reconnaissance de la transgression et, par là, de l’indissolubil i t é e l l e -m ê m e   » . C e t e m p s aboutirait à une démarche de pénitence-réconciliation : « Il s’agirait de se reconnaître pécheurs, en reconnaissant aussi la permanence du premier lien, dans une démarche à la fois personnelle et communautaire. » « Il est possible de dire à la fois la loi et la miséricorde », affirme Xavier Lacroix qui se dit encouragé dans cette voie par de nombreux prêtres et évêques.

 

(1) Fidèles jusqu’à l’audace. Divorcés remariés : un chemin nouveau dans l’Église , É. Jacquinet et J. Nourissat, Salvator-Diffusion, 292 p., 19,90 €.

 

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