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(Jean-Christophe Ploquin, Edito La Croix, 9 Novembre 2009)
Il y a quelque chose d’unique dans la chute du mur de Berlin. Cette prise de la Bastille à l’allemande s’est déroulée au soir du 9 novembre 1989 sans effusion de sang et dans une atmosphère festive. La levée de la première barrière, rue Bornholmer, s’est effectuée sous la pression de Berlinois de l’Est avides d’accomplir une expérience toute simple mais dont ils percevaient qu’elle bouleverserait leur vie : faire une petite promenade à l’Ouest. La marée humaine a ensuite emporté le régime communiste est-allemand et fait s’effondrer l’empire soviétique, une histoire que symbolisera ce soir à Berlin la chute de dominos géants en forme de pans de mur.

Date symbole, le 9 novembre 1989 n’a pu survenir que par une conjonction de facteurs rares. Notamment la faillite de l’Union soviétique, contrainte d’enclencher des réformes qui affaiblirent irrémédiablement l’emprise toute puissante du Parti communiste sur les pays satellites. Et l’aspiration des peuples à la prospérité, à la liberté et à l’expression de leurs identités profondes. Les foules furent ainsi les arbitres de la compétition opposant le communisme dictatorial et le libéralisme démocratique.

Aujourd’hui, le souvenir de la chute du Mur permet de ne pas désespérer face aux régimes oppresseurs contemporains. Les pays démocratiques ont les moyens d’aider les peuples cadenassés à croire qu’une alternative est possible. Ils peuvent notamment favoriser la circulation de l’information et des personnes. La connaissance d’autres réalités donne, en effet, matière à réflexion aux opposants et alimente, au sein des populations, le rejet du système qui les encadre. Assumant leurs valeurs, et tout en respectant le principe de la souveraineté des États, les régimes démocratiques doivent faciliter des évolutions pacifiques et souvent peu spectaculaires afin que les peuples concernés accèdent au bien-être et recouvrent un droit de contrôle sur leurs destinées. Ensuite, nul ne peut décider du moment où une digue se brise.

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