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moingt.jpgFaire bouger l’Eglise catholique,  Joseph Moingt (DDB novembre 2012)

(Recension : site de la conférence des baptisés de France)

Ce petit livre cherche à répondre à deux questions d’actualité : comment témoigner de l’Évangile de la façon la plus accessible aux hommes de ce temps ? Quelle restructuration de l’Église est nécessaire pour que les baptisés y soient pleinement impliqués ?

Le Père Moingt a acquis la conviction qu’un recentrage sur l’Évangile plutôt que sur la religion est nécessaire pour que le message puisse être entendu du monde actuel. La notion de sacerdoce, telle qu’elle est actuellement définie, s’oppose à l’expression responsable des baptisés, car elle maintient un monopole des clercs sur la vie d’une Église trop centrée sur le culte.

Un témoignage d’évangile, pour qu’il soit accessible à tous, doit être apporté par l’ensemble des baptisés engagés dans la vie et nécessite une Église pleinement adaptée à cette mission collective.

L’auteur explique alors en quoi consiste ce témoignage, comment il pourra être entendu des hommes de notre temps, pourquoi cela requiert une prise de parole responsable et collective, enfin quels changements cela suppose au niveau des structures de l’Église. Dans la situation présente du monde occidental, massivement incroyant et détaché de la pratique religieuse et de l’Église, cette mission incombe principalement aux laïcs.

L’unité de l’Église repose surtout sur le lien de la charité dont Jésus a fait le critère de l’identité chrétienne. Or l’Église s’est bâtie depuis des siècles sur le principe d’autorité. Il s’agit maintenant de redonner un espace à la liberté des laïcs. L’impossibilité d’une réforme par le haut, l’absence d’ancrage humain des regroupements de paroisses destinés à pallier le manque de prêtres, amènent le Père Moingt à voir l’avenir à partir de petites communautés. Elles auront à prendre en main élan missionnaire, vie de prière, partage d’Évangile et participation active à la vie de la cité, tout en restant en lien avec l’évêque garant de la communion et de l’orthodoxie.

La société attend que l’on ne se contente pas de lui annoncer un salut dans l’au-delà mais que l’on vienne redonner sens à sa vie de tous les jours. Elle n’a rejeté globalement le christianisme que sous son visage religieux et autoritaire qui voilait sa réalité évangélique. Mais le christianisme se présentera sous un jour tout différent quand les laïcs occuperont le devant de la scène avec une légitimité reconnue et qu’ils travailleront à restaurer le sens de l’humain dans le monde.

Dans une deuxième partie, l’auteur traite de l’humain évangélique : quels hommes l’Évangile nous invite-t-il à devenir ? Jésus n’était pas un moraliste mais il nous incite à inventer nous-mêmes une éthique guidée par l’idée de réconciliation, de pardon, de fraternité et de solidarité. L’Évangile n’est pas un code de pratique religieuse mais il abonde en préceptes de justice et de charité. L’espace sacré n’est pas le temple matériel. C’est, selon saint Paul, notre corps individuel et social : dans l’eucharistie, nous sommes appelés à reconnaître le corps du Christ dans le corps que nous formons quand nous nous rassemblons autour de Jésus.

Autre piste de réflexion soulevée par ce livre : la vie du chrétien en Église, aujourd’hui. L’homme est un être « politique ». C’est-à-dire qu’il lui appartient de construire sa vie sociale (vie de famille, vie dans la cité, place de la religion …). Se pose alors la question de la liberté de parole et de décision laissée actuellement aux fidèles par la religion. Liberté qu’il ne faut pas opposer à obéissance.

Rendue craintive par l’histoire, l’Église s’est construite en considérant que la démocratie s’opposait au droit divin . Pourtant saint Paul ne restreint pas la liberté de parole. Il demande qu’elle soit raisonnable et responsable. Et c’est cet échange de parole, libéré par l’Esprit, qui fonde la citoyenneté chrétienne.

Par leur parole et leur comportement, les chrétiens ont à privilégier la recherche du sens que l’Évangile donne à la vie plutôt que l’annonce d’un accès au salut éternel. Dans ce domaine de la recherche de sens, le concile Vatican II, à travers « Gaudium et spes », offre un apport de premier plan.

Enfin, dans une troisième partie, le Père Moingt aborde la condition des femmes dans l’Église et en particulier leur place dans sa gouvernance. Alors que la femme s’est affranchie de la domination masculine, que l’Église ne lui reconnaisse pas le droit d’en débattre, ne peut que creuser le fossé entre elle et le monde moderne. Saint Paul ne disait il pas qu’il n’y a plus ni grec ni juif …ni masculin ni féminin car tous vous êtes un en Christ. Pour lui certes ces différences existaient mais elles ne devaient être la cause ni d’exclusion ni d’inégalité. L’Église doit être capable de suivre les évolutions de l’histoire tout en restant fidèle à ses traditions. Si Jésus n’a choisi que des hommes comme apôtres ce n’est pas pour des raisons ontologiques mais en raison des mentalités et mœurs de son temps.

La société civile a pris acte des évolutions enregistrées depuis que les femmes font les mêmes études, les mêmes métiers, occupent les mêmes postes que les hommes. L’Église résiste mais elle y perd substance, force et crédibilité. On ne doit pas désespérer qu’elle se convertisse un jour aux « signes des temps » pour remplir sa mission de service du monde.

 

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