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    (Elisabeth Dufourcq, ancienne secrétaire d’État à la recherche, Forum et Débats, La Croix 14/09/2012)

Auteur d’ Histoire des chrétiennes (Bayard 2008) et de L’Invention de la loi naturelle (Bayard 2012).

Le Guide 2012 de l’Église catholique en France, qui présente 162 photos d’hommes et sept de femmes, ne dit pas combien de femmes bénévoles préparent les offices, président les assemblées sans prêtre et les funérailles. L’enquête menée sur ce sujet par l’épiscopat en 2004 n’a pas été publiée. On sait pourtant que plus de 85 % des aumôniers d’hôpitaux et des catéchistes sont des femmes. On n’y trouve pas les figures féminines de la presse catholique ; pas plus que les théologiennes, linguistes, exégètes, médecins ou économistes qui enseignent dans les Instituts catholiques et les séminaires. Depuis peu, les Scouts et Guides de France sont présentés ensemble. La Conférence des supérieures majeures de France s’est fondue dans celle des « religieux et religieuses ». L’indifférenciation des sexes, contraire au discours de l’Église, s’est faite sous la présidence d’hommes. Pour autant, les statistiques indiquent bien qu’en France, le clergé va devoir déléguer les pouvoirs qu’il centralise, sauf à brader le patrimoine spirituel dont il est, avec les laïcs, héritier. Pour faire vivre 14 500 paroisses, les évêques n’ordonnent plus que 90 à 100 prêtres par an et la majorité des 10 875 prêtres incardinés dans leurs diocèses ont plus de 75 ans.

C’est donc derrière la façade qu’il faut chercher l’innovation. Dans les bureaux de la Conférence des évêques, le pôle jeunes de l’aumônerie de l’enseignement public est aujourd’hui confié à une laïque ; une avocate dirige l’important service national santé et famille ; une mère de famille, passée par le scoutisme et l’Action catholique, anime le département tourisme et loisirs. Certes, ces fonctions sont placées sous la responsabilité de conseils épiscopaux. Il n’en reste pas moins qu’elles sont cruciales.

En contrepartie, des précautions sont prises pour qu’un retour en arrière soit possible : toutes les missions confiées à des laïcs jadis qualifiés de « permanents » ont une durée limitée. Les lettres qui les officialisent restent juridiquement fragiles. En fin de mandat, un non-renouvellement peut être perçu comme un désaveu, presque un affront si l’affectivité s’en est mêlée. Ceci au point que l’arrivée d’un nouvel évêque est parfois redoutée. Très vite, la présence ou l’absence de petites filles enfants de chœur donne le ton. Plus prosaïquement, les femmes sont souvent bienvenues dans les diocèses pauvres mais peuvent être traitées avec plus de hauteur dans des diocèses plus riches.

Combien de temps les femmes s’estimeront-elles assez solidaires de leur Église pour accepter ces modes de gouvernance ? Beaucoup appartiennent à des générations formées à la gratuité. Souvent issues de milieux aisés, elles ont renoncé à leur profession pour se consacrer à l’économie du miracle. Aucune d’entre elles ne revendique la prêtrise. L’histoire tranchera, notent pourtant celles qui voient leurs filles s’engager ailleurs que dans l’Église. Mais comment comprendre qu’un tabernacle reste fermé à l’heure où le mourant qu’on accompagne demande à communier ? Pour ce faire, il n’est pas nécessaire de compiler des thèses sur le gender ni réciter ce que le clergé pense sur lui-même et la nature de la femme depuis le Moyen Âge. Mais il est urgent de relire l’Évangile et lever ces blocages dont le dernier concile et les progrès des sciences devraient avoir libéré les chrétiens.

 

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