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(Pascal Wintzer, Administrateur apostolique de Poitiers, Observatoire Foi et Culture, La Croix 19 Septembre 2011)

A propos de  "Habemus Papam"de Nanni Moretti

Nanni Moretti est un diariste ; il n’est jamais meilleur que lorsqu’il met en scène sa propre vie, tel le fait Woody Allen. Il est plus à l’aise et plus éloquent lorsqu’il sillonne les rues de Rome sur sa Vespa dans la première partie de son film le plus libre, le plus vivant, Journal intime, qu’il ne l’est dans Habemus Papam, interprétant un psychiatrepsychanalyste.

Mais, n’est-ce pas ainsi qu’il faut regarder Habemus Papam ? Non comme le portrait d’un homme qui se refuse à assumer une responsabilité et un pouvoir, le suprême pontificat, mais comme celui d’un médecin qui s’efforce d’apporter de la vie et de la fantaisie à un monde figé ?

C’est ce qui explique ces scènes, sinon trop longues, de la dernière partie du film, où les cardinaux se déchaînent dans des parties de volley-ball qui voient les continents s’opposer, au profit d’ailleurs des Sud-Américains, toujours les meilleurs dans les jeux de balles.

La fantaisie, c’est aussi ce qui empêche le cardinal qui vient d’être élu pape d’assumer sa charge. Bien sûr, on est frappé par le cri qui jaillit de sa gorge, presque de ses entrailles, lorsqu’il devrait, pour la première fois, s’adresser aux foules assemblées place Saint-Pierre. Recevant le Siège de Pierre, le nouveau pape se voit comme dépossédé de ce qui fait la vie ordinaire de tout homme. Alors, s’échappant du Vatican, il déambule dans les rues de Rome, mais handicapé par le fait qu’il n’a en poche ni argent, ni téléphone portable. On ne peut que mesurer le détachement complet auquel est appelé l’homme qui doit répondre à un tel appel.

Pourtant, ce n’est pas cette ascèse à laquelle se dérobe le nouveau pape, magnifiquement interprété par Michel Piccoli, c’est le pouvoir, même religieux, qui lui paraît impossible à assumer.

Dans cette période préélectorale, en France, il est heureux de constater que le pouvoir effraie plus qu’il ne tente. Heureuse sélection qui a vu, en mai dernier, le même Festival de Cannes projeter le film Xavier Durringer, La Conquête, et celui de Nanni Moretti. Quelle distance entre le pape que joue Piccoli et le futur président que joue Podalydès !

Méditation sur le pouvoir, certes, mais davantage encore, Habemus Papam plaide pour la fantaisie et pour la liberté. C’est en effet dans un théâtre que se réfugie le pape en fuite ; et ce sont les vers de Tchekhov qui sont pour lui porteurs de vie.

Mais en ce lieu, il fuit un autre théâtre, celui qui a été organisé par les conseillers en communication du Vatican, qui ne dévoilent rien de la « désertion » du pape, et font croire à sa présence dans ses appartements grâce à un garde suisse jouant les ombres chinoises derrière les rideaux.

Le pouvoir ne serait-il qu’une apparence, un théâtre de faux-semblants ? Alors que la vérité des cœurs et des existences serait mieux servie par les grands dramaturges ? De Molière à Moretti, les artistes interrogent les puissants sur la place qu’ils occupent, et nous-mêmes sur l’espace que nous leur accordons.

 

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