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Dans le cadre des semaines sociales de France des débats prometteurs du 23 au 25 Novembre 2012.

Pour nous introduire au débat, une réflexion parmi bien d'autres qu'il sera certainement intéressant de découvrir !

 

(Anne Soupa,  Bibliste, La Croix, 24 Novembre 2012)

Comment améliorer l’égalité entre hommes et femmes dans l’Église ?

 

« Les deux récits de la création de la Genèse ne font aucune distinction entre l’être masculin et l’être féminin. La création soi disant seconde de la femme “ tirée du côté d’Adam” (Gn 2,22) n’est qu’une lecture culturelle, exégétiquement fausse. En effet, le mot Adam désigne l’être humain générique. Ce qui retourne totalement la lecture classique : c’est la femme qui est citée en premier dans la Bible et non pas l’homme ! De même, on s’est appuyé sur la phrase de Dieu, “ il n’est pas bon que l’être humain soit seul, il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie ” (Gn 2,18), pour instituer une vocation spécifique à la femme. 

Or, cette conception ecclésiale selon laquelle la femme est l’“aide de l’homme est surinterprétée, car l’être masculin n’existe pas encore à ce passage-là. Dire, comme Jean-Paul II, même avec grande noblesse, que “ la femme a vocation d’exister pour autrui, c’est affirmer quelque chose sur ce que serait la “nature féminine qu’aucun texte biblique ne dit.

Pour améliorer l’égalité entre hommes et femmes dans l’Église, il faut permettre une véritable citoyenneté des femmes dans l’Église. Il est urgent que les femmes qui sont privées de parole – de manière équivalente à la privation de droits civiques longtemps vécue dans la société civile – deviennent des sujets de parole. Bien sûr, il y a des femmes dans les conseils pastoraux ou qui enseignent dans les facultés de théologie… Mais les homélies dominicales – lieu de la formation chrétienne pour 95 % des catholiques – leur sont interdites.

Cette situation, due à la réforme grégorienne – qui a confié aux seuls clercs les trois charges d’enseignement, de gouvernement et de sanctification –, est dépassée. Elle doit être réformée au niveau universel, car c’est un pape, Grégoire VII, qui l’a instituée.

Tant que l’Église et la société civile s’interpénétraient, l’institution ecclésiale n’était pas perçue comme rétrograde. Mais depuis l’émancipation de la femme des années 1960 et Vatican II qui a encouragé le laïcat, on a constitué un véritable prolétariat des femmes dans l’Église.

Depuis cinq décennies, beaucoup de femmes se sont discrètement éloignées de l’Église, comme le prouve la lente extinction des congrégations féminines apostoliques. Comment une jeune fille cultivée et autonome pourrait-elle accepter la tutelle des frères de son ordre ? Face à cette situation inédite, l’Église s’engage sans concertation, et ne fournit que des discours coupés du réel. Il y a là un aveuglement dramatique. »

(1) Dieu aime-t-il les femmes ?, d’Anne Soupa, Médiaspaul, 142 p., 19 €.

 

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