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(Monique Hébrard, Opinions, La Croix 2 Mai 2013)

Nous voici aujourd’hui devant une France divisée entre « pro » et « anti » « mariage pour tous », division qui traverse aussi les chrétiens. À cette différence près que si les catholiques « anti » se sont affichés et ont été abondamment encouragés par les évêques, beaucoup d’autres se sont tus pour ne pas envenimer les choses et ne pas s’opposer de front à leur curé, mais se sont sentis pris en otages par l’attitude d’une Église dans laquelle ils se sentaient mal à l’aise. Quant aux personnes homosexuelles chrétiennes, beaucoup sortent de cet épisode profondément blessées ou en état de rupture (certaines demandant l’annulation de leur baptême).

Ceux qui n’en ont pas rencontrés ignorent la sensibilité extrême, la générosité et la foi vive de certains homosexuels chrétiens. Ils considèrent l’Église comme leur mère et pensaient que les évêques et les prêtres se comporteraient avec eux comme le Bon Pasteur qui aime ses brebis, les écoute, les appelle par leur nom. Or, ils se sont sentis stigmatisés, rejetés. J’en connais plusieurs qui n’ont pas pu continuer à aller à la messe, tant chaque annonce appuyée de la prochaine manif les blessait.

Mon propos n’est pas de défendre une position « anti » ou « pro » « mariage pour tous ». Là n’est pas la question. Mais je fais partie de ces catholiques profondément attristés par ces neuf mois que nous venons de vivre depuis le 15 août 2012. Je venais juste de terminer un livre qui m’avait plongée dans l’infinie tendresse de Jésus (1) et je mesurais plus que jamais la distance qu’il y a souvent entre les propos officiels de l’Église et l’esprit de l’Évangile. Je ne mets pas en cause l’écoute aimante de certains pasteurs, elle existe ; je parle de ce que « les gens » ont vu et entendu. Malheureusement, ils ont retenu que l’Église était « contre les homos », d’autant plus qu’ils ont vu sur tous les écrans les militants intégristes de Civitas prier dans les rues et afficher beaucoup moins de tolérance que « la manif pour tous », et ils n’ont pas toujours fait la différence.

Certes, les évêques étaient en droit de donner leur position (d’ailleurs, y en at-il une seule au sein de l’Église de France ?) et cela avait été très bien fait, avec nuance, dans le texte de la commission de la famille. Mais quelle erreur de se fourvoyer activement dans ce combat qui n’était pas la place des prêtres et des évêques !

En quoi les lois votées par la République entachent-elles le comportement et les choix libres des chrétiens ?

L’Église s’est proclamée défenseur de l’« anthropologie », mais ce mot n’était que les habits nouveaux de ce que maintes fois, quand le vent tournait mal, l’Église a appelé la défense de « la nation chrétienne » ! Après la défaite de 1940, les évêques français n’ont-ils pas insinué qu’elle était le prix à payer pour la laïcité assimilée à l’oubli de Dieu (2) ? N’a-t-on pas entendu les mêmes menaces apocalyptiques avant le vote du pacs (ce qui n’a pas empêché des évêques de regretter le bon temps du pacs !) ? La France, la morale et la conscience des gens sont-ils vraiment en péril, comme l’a abondamment développé le cardinal André Vingt-Trois dans son discours d’ouverture de l’Assemblée plénière de printemps ?

Qu’auraient attendu de l’Église tous ces catholiques qui sont rentrés dans leur douloureuse et silencieuse coquille ? Qu’elle ouvre toutes grandes ses portes à l’écoute des homosexuels et aux dialogues internes, à une réflexion approfondie sur la façon dont ces évolutions anthropologiques pourraient être évangélisées. Qu’elle donne publiquement un souffle d’espérance au lieu d’afficher ces menaces pessimistes, car l’Apocalypse biblique n’est pas le catastrophisme ; c’est l’annonce d’un Royaume de justice, de bonheur et d’Amour.

Le cardinal André Vingt-Trois a amorcé ce tournant dans son discours de clôture de l’Assemblée, sans doute après quelques échanges avec ses pairs. Mais c’était bien tard !

 (1) Jésus ou le désir amoureux , ddB. (2) Cité par Jean-Yves Baziou in L’avenir en question : la fin des promesses , Armand Colin

 

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