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Depuis la campagne, les rubriques hebdommadaires (préparer le dimanche, le mot du dimanche) et un article lu dans la Croix de ce jour qui peut-être nourrira et dynamisera la grisaille d'une vie écclésiale vécue à la campagne !

 

(P. Arnaud Favart, Mission de France, Creuse, La Croix, Forum et débats, 22/1/2011)

Adossée à la cité grécoromaine, l’Église est née dans les villes. On connaît la suite de l’histoire, l’expansion géographique chez les païens. L’évangélisation des campagnes est de retour, au sein de territoires ruraux qui se recomposent entre proximité et intercommunalité, sous l’influence guère maîtrisée des métropoles. Le modèle pluriséculaire du curé et du clocher a éclaté. À l’instar de la société civile, une Église à géométrie variable se recompose selon les ressources de son territoire, s’adapte au rythme des saisons, fait des choix et mène des projets pour un peuple au large contour. Cette flexibilité est éminemment très moderne.

Proximité, réseau et mutualisation sont les maîtres mots des acteurs et observateurs avertis du monde rural. Ils nous instruisent sur les proximités qu’il est bon de préserver. Ils nous encouragent à mutualiser nos ressources culturelles et spirituelles, tout en résistant aux effets pervers de la centralisation en un pôle unique. Ils nous convient à travailler en réseau et en projet, en faveur d’une vision transversale des territoires.

Pas plus que l’Église, la société civile n’a les moyens de maintenir l’ensemble des services sanitaires, publics, éducatifs, sociaux, sur les territoires ruraux. On peut en retarder l’échéance, ils seront inexorablement regroupés dans les villes. À terme, les paroisses rurales ne seront plus en mesure d’offrir tous les services traditionnels, décevant au passage des urbains de retour. Des ministères confiés à des laïcs auraient pu ouvrir une voie nouvelle. Ce n’est pas le cas. Des missions significatives sont remises à tout un réseau de personnes qui acquièrent peu à peu expériences et compétences.

On connaît l’adage : « L’Église fait l’eucharistie, l’eucharistie fait l’Église. » La messe dominicale de proximité se fait de plus en plus rare, et connaît, comme ailleurs, une désaffection manifeste. On conçoit bien que l’eucharistie soit déterminante pour la vie de l’Église, mais alors que fait le baptême ? Si le baptême ne fait pas l’Église, fait-il au moins des chrétiens ? Il est permis d’en douter quand tant de baptisés ont reçu ce sacrement à la naissance, sans aucune perspective d’initiation chrétienne, sans être jamais engendrés à la foi. Entre la poursuite du processus d’ex-culturation de la foi, le retour à des pratiques plus identitaires, et l’émergence de nouvelles générations ayant grandi sans connaître une Église de chrétienté, l’identité chrétienne opère sa mue. Elle est en devenir : « On ne naît pas chrétien, on le devient. »

Les récits des missionnaires rapportent toujours ce temps privilégié de la première annonce et du baptême. Avant de bâtir des autels, ils ont commencé par le baptistère. En renouant avec une forme de passage au désert, l’Église du monde rural renoue avec les sources de la mission, celles du baptême. Le nomade tient-il à son coin de désert ? Il s’inquiète surtout des sources, relevait Péguy.

Comme Jésus et ses disciples visitant les villes et les villages de Galilée, guérissant les malades, l’évangélisation commence par le temps de la rencontre et des solidarités qui font du bien. Nous renouons avec les sources de la foi, nous inquiétant des paroles vivifiantes et des huiles saintes qui font du bien. La porte d’entrée qu’est le baptême doit ouvrir sur des sources vitales, là où en tant de lieux le principe de vie (sociale, environnementale, familiale, médicale, personnelle) est interrogé. Quand l’immense espace de la condition humaine est en question, de la naissance à la mort, de la famille à l’individu, du travail aux solidarités sociales et territoriales, l’Église a vocation de donner des signes concrets de proximité et d’écoute bienveillante.

Toute forme d’hospitalité est structurante pour la vie d’une communauté rurale, qui prend alors conscience de son rôle. Elle se vit depuis longtemps dans l’accompagnement des familles en deuil. Elle se vit dans les maisons avec des groupes de partage d’Évangile ou de prière. Elle se déploie dans les expressions de fraternité envers les blessés de la vie. En accueillant désormais le prêtre au ministère itinérant qui vient la visiter.

Depuis quatre ans, nous avons ajouté ce pari que célébrer le baptême en deux étapes, l’une de proximité et l’autre paroissiale, permettrait à des familles de mieux vivre ce sacrement en Église. Soutenue par un réseau d’accompagnatrices, la communauté locale se réjouit d’accueillir liturgiquement l’enfant et ses parents dans l’église de leur commune. La suite du baptême se vit quelques semaines plus tard dans un centre paroissial plus établi, celui où l’Église fait l’eucharistie, et où l’eucharistie fait l’Église. La célébration prend toute sa dimension d’Église rassemblée, priante, festive, ouverte à de plus larges horizons.

 

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