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la-nouvelle-evangelisation-118547(Jean Rigal, Forum, la Croix, 17 Septembre 2011)

 

Le Synode des évêques, à Rome, en octobre 2012, sera consacré à la nouvelle évangélisation dans la transmission de la foi chrétienne. Le thème est important dans la période de bouleversements socioculturels majeurs et de sécularisation massive que nous connaissons.

Derrière le mot évangélisation, que l’on peut définir comme « l’annonce de l’Évangile », se profilent bien des accentuations possibles. Plus que quiconque, le pape Paul VI en avait une vive conscience lorsqu’il déclarait : « Aucune définition partielle et fragmentaire ne donne raison de la réalité riche, complexe et dynamique qu’est l’évangélisation, sinon au risque de l’appauvrir et même de la mutiler » (Exhortation apostolique sur l’évangélisation, 1975).

Tout semble indiquer que l’accentuation majeure doit être christologique. Parler de Dieu aujourd’hui de façon globale, dans un langage dogmatique ou tout constitué, a peu de chances de retenir l’attention. Il en va autrement si l’on part de la personne de Jésus, de préférence avec des mots de l’Évangile. Pour les chrétiens, Jésus est le visage humain de Dieu et le visage divin de l’homme. Le cœur du message chrétien est bien la révélation de l’amour de Dieu en Jésus-Christ : non une révélation abstraite, lointaine, centrée sur le culte, mais proche, stimulante, inattendue, au cœur de l’existence. Il ne s’agit pas d’abord de croire en des vérités mais en quelqu’un. La foi est vie avant d’être doctrine.

Évangéliser, c’est dès lors essentiellement témoigner, par les actes comme par les paroles, de l’appel de Jésus de Nazareth à le suivre dans son regard sur la vie concrète des hommes et dans sa manière de vivre et d’agir. C’est un appel à un choix de vie conforme à l’Évangile. L’évangélisation n’est donc pas de l’ordre de la publicité ou de la propagande. Elle est de l’ordre de la rencontre, ce qui est bien différent. L’Évangile invite à une aventure spirituelle qui trouve son essor dans la rencontre avec la personne de Jésus-Christ et la rencontre des frères, l’une conduisant à l’autre.

C’est aussi pourquoi l’évangélisation doit tenir compte du contexte actuel d’incertitude et d’inquiétude dans lequel se déploie la quête spirituelle de nos contemporains. La faillite des idéologies prometteuses, les menaces sur l’environnement, les questions complexes de bioéthique, l’accroissement des inégalités, la dictature de l’argent-roi, la crise de l’emploi, tout un faisceau de ruptures et de violences contribue à donner à notre monde une image de désillusion, de déclin, et sans doute, plus encore, de désespérance devant la fatalité et les revers de l’histoire.

Sur un plan plus subjectif, nos contemporains, et tout particulièrement les nouvelles générations, sont épris d’autonomie personnelle et « dépris », si l’on peut dire, de tout souci de conformité dogmatique. Ils refusent, à quelques exceptions près (d’ailleurs significatives), l’enseignement péremptoire et l’argument d’autorité. Plus que les « seniors » héritiers de Vatican II et de Mai 68, les adultes plus jeunes sont d’abord en recherche de repères de croissance humaine et spirituelle. C’est pourquoi, la première annonce de l’Évangile (appelée kérygmatique) ne sera crédible que si elle retentit dans l’existence. Dans le cas contraire, elle n’aura aucune incidence dans la vie personnelle et collective et ne pourra s’inscrire dans la durée.

L’évangélisation aujourd’hui ne se borne pas à « une première annonce » pourtant bien nécessaire ; elle consiste aussi à élargir notre regard, aussi concrètement que possible, sur ce qu’implique l’accueil de l’Évangile. C’est alors qu’on retrouve, dans sa vérité, la signification des sacrements et du partage fraternel. Trop souvent, « la sacramentalisation », très prégnante dans le passé, s’est substituée à l’évangélisation et à sa force d’interpellation devant les choix de l’existence. Combien de « pratiquants » sont peu « croyants », parce qu’ils restent étrangers à l’appel de Jésus : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 15).

Évangélisatrice, « l’Église commence par s’évangéliser elle-même… Elle a toujours besoin d’être évangélisée » (Paul VI). Rassemblée par l’Évangile du Christ, elle a besoin de se convertir sans cesse à la Parole qu’elle a pour mission de proclamer à « toutes les nations », ce qui nécessite conjointement conversion spirituelle et conversion institutionnelle.

C’est un renversement complet de perspectives par rapport à une Église monarchique, centralisatrice, éloignée des questions que se posent nos contemporains et de la manière dont ils se les posent. Pour répondre à cet appel à la conversion, le Synode romain de 2012 sur « la nouvelle évangélisation » s’interrogera-t-il aussi sur le fonctionnement institutionnel de l’Église ?

 

 

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