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(B. Devert, fondateur d’Habitat et humanisme, La Croix, Forum 2/10/ 2010)

«A pplaudissements », comme le relève le sondage publié par Le Figaro : 80 % de la population française est très ou assez favorable aux mesures retenues par le président de la République pour lutter contre la violence. Des voix s’élèvent pour une mise en œuvre de dispositifs témoignant d’une attention à la souffrance de ceux qui se trouvent exclus jusqu’à penser que leur intégration est illusoire. Alors seulement la répression s’éloignera de la régression.

« La peur doit changer de camp. » Cette formule reprise par Pierre Charon n’est pas sans risque de dérives. Comprenons bien, il ne saurait être question de pactiser avec des forces occultes qui, depuis des décennies, sans être trop inquiétées, développent une économie souterraine. La société est comme rongée avec ses traces de violences meurtrières affectant trop de jeunes sans formation et sans avenir, instrumentalisés par de pitoyables « parrains » qui gangrènent tout ce qu’ils touchent pour n’avoir qu’une obsession : l’argent facile.

S’il s’agit bien de se défendre, il s’agit plus encore de protéger ces jeunes d’où l’obligation de susciter les conditions d’un « vivre ensemble ». Nous ne gagnerons rien à ce que la violence change de camp, l’objectif est de la faire tomber.

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui le regardent sans intervenir » (Albert Einstein). L’urgence est de conduire un combat pour la mixité sociale aux fins de refuser la désocialisation que sont notamment ces « machines à loger » qui entraînent des ségrégations mortifères.

Si la cohésion sociale est menacée par des faits délictueux repérés, ne l’est-elle pas aussi par une démission et une forme d’indifférence à la béance de la misère ? Ne pas voir, c’est se perdre dans un manque de discernement, de courage et courir le risque de l’insignifiance.

La loi Solidarité et renouvellement urbains du 13 décembre 2000 a modifié sensiblement la donne, les communes de plus de 3 500 habitants devant construire 20 % de logements sociaux. Pour eson 10 anniversaire, ce texte devrait être modifié pour que soit supprimée la possibilité de s’affranchir de cette obligation au moyen d’une taxe. Quel mépris et quelle honte que ce mur de l’argent mettant à distance ceux qui sont différents !

La loi Besson de juillet 2000 prévoyait également que toute commune de plus de 5 000 habitants crée des aires de stationnement pour les gens du voyage. Seulement 50 % d’entre elles ont satisfait à cette exigence. N’est-ce pas aussi une forme de violence à l’égard d’une communauté dont l’exil permanent est lié à une histoire qui après bien des pogroms et des exactions demeure celle d’une incompréhension tenace ?

« Ardente obligation » du « vivre ensemble ». Il nous appartient de nous mobiliser pour qu’elle soit reconnue comme une grande cause nationale, déclarant l’urgence de l’accès au logement des plus démunis dans des quartiers équilibrés. Souvenons-nous du philosophe John Rawls qui rappelle que la justice sociale ne consiste pas seulement à augmenter le bienêtre global mais par priorité celui de ceux qui sont le plus en difficulté.

Ces replis identitaires et sécuritaires ne seraient-ils pas les plis d’amertume d’une société inquiète à l’égard de son avenir ? Quittons la tentation du bâton pour en faire le signe d’une société qui, refusant la peur, marche vers un « autrement » qui, s’il enrichit la fraternité, est encore insuffisamment partagé pour être applaudi ; les transformations et les vraies ruptures ne sont-elles pas silencieuses ?

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