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2010-02-19 070

(Saint Augustin, Commentaire de la Première lettre de Jean 4, 6, DDB)

Toute la vie du vrai chrétien est un saint désir. Sans doute ce que tu désires, tu ne le vois pas encore : mais en le désirant, tu deviens capable d’être comblé lorsque viendra ce que tu dois voir. Puisque vous ne pouvez pas voir maintenant, que votre activité se contente de désirer.

Supposons que tu veuilles remplir une sorte de poche et que tu saches les grandes dimensions de ce qu’on va te donner, tu élargis cette poche, que ce soit un sac, une outre, ou n’importe quoi de ce genre. Tu sais l’importance de ce que tu vas y mettre, et tu vois que la poche est trop resserrée : en l’élargissant, tu augmentes sa capacité. C’est ainsi que Dieu, en faisant attendre, élargit le désir ; en faisant désirer, il élargit l’âme; en l’élargissant, il augmente sa capacité de recevoir.

Nous devons donc désirer, mes frères, parce que nous allons être comblés. Voyez saint Paul, élargissant son désir pour être capable de recevoir ce qui doit venir. Il dit en effet : « Certes, je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore parfait. Frères, je ne pense pas avoir déjà saisi le Christ. »

Que fais-tu alors en cette vie, si tu ne l’as pas encore saisi ? Une seule chose compte : oubliant le chemin parcouru et tendu de tout mon être vers l’avenir, je suis mon élan vers le triomphe auquel je suis appelé de là-haut. Il dit qu’il est tendu et qu’il suit son élan. Il se sentait capable de saisir ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce que le cœur de l’homme n’a pu concevoir.

Voilà notre vie : nous exercer en désirant. Le saint désir nous exerce d’autant plus que nous avons détaché nos désirs de l’amour du monde. Nous l’avons déjà dit à l’occasion : vide ce qui doit être rempli. Ce qui doit être rempli par le bien, il faut en vider le mal.

Suppose que Dieu veut te remplir de miel :

si tu es rempli de vinaigre, où mettras-tu ce miel ? Il faut répandre le contenu du vase ; il faut nettoyer le vase lui-même ; il faut le nettoyer à force de travailler, à force de frotter pour qu’il soit capable de recevoir autre chose.

Parlons de miel, d’or ou de vin : nous pouvons désigner de n’importe quel nom ce qui est indicible, mais son vrai nom est Dieu. Et quand nous disons « Dieu », que disons-nous ? Ce mot désigne tout ce que nous attendons et pouvons attendre. Tout ce que nous pouvons dire est en-dessous de la réalité ; élargissons-nous en nous portant vers lui afin qu’il nous comble quand il viendra. Nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est.

 

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