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Croix-sous-neige-1280-800-copie-1.gif(Claude Dagens, évêque d’Angoulême, de l’Académie française, Forum la Croix 28/12/2010)

Il est évident que la présence chrétienne dans nos sociétés sécularisées est devenue un signe de contradiction.

Certains prophétisent l’effacement progressif de cette présence, à partir de diagnostics chiffrés qu’ils jugent irréfutables : baisse de la pratique religieuse, vieillissement du clergé, rareté des vocations sacerdotales et, en deçà des chiffres, des phénomènes visibles, parfois très visibles, d’affaiblissement des communautés chrétiennes. Durant ces derniers mois, la revue Esprit en février et la Revue des Deux Mondes en septembre ont largement fait écho à ces diagnostics inquiétants, la première en annonçant « Le déclin du catholicisme en Europe », la seconde en célébrant, sous une forme interrogative, le « Requiem pour le catholicisme ? ».

D’autres, en revanche, pressentent comme un renouvellement intérieur. En s’appuyant sur les analyses de Marcel Gauchet, ils estiment que nos sociétés « sorties de la religion » appellent les religions, et en particulier le christianisme, et spécialement l’Église catholique, à se situer autrement : en faisant appel à leurs ressources profondes, en n’ayant pas peur de participer à des débats publics sur des questions fondamentales concernant le sens même de la vie et de la mort, et en faisant entendre leurs voix et leurs convictions.

À la fin de l’année dernière, le Petit éloge du catholicisme de Patrick Kéchichian a constitué un véritable plaidoyer en faveur de cette manifestation simple et assurée de l’identité catholique dans notre société oublieuse de ses racines. Et, au mois d’octobre dernier, Jean-Pierre Denis, le rédacteur en chef de La Vie, a tenté d’expliquer Pourquoi le christianisme fait scandale et pourquoi il peut être reconnu comme une contre-culture à l’heure où la culture libérale et libertaire doit reconnaître ses limites, aussi bien dans le domaine de l’économie que dans celui des mœurs.

En d’autres termes, ne faut-il pas simplement reconnaître que les deux types de jugement ainsi exprimés sur l’avenir du christianisme se justifient tous deux ? Au moment même où de multiples signes indiquent son effacement social, la Tradition chrétienne devient une source d’inspiration spirituelle et culturelle. Plus elle est méconnue, plus elle peut apparaître comme une réalité neuve, que certains découvrent, après de longues périodes d’ignorance ou d’oubli.

Mais la contradiction me semble aller plus loin ou plus profond : elle concerne le contenu même de cette réalité chrétienne, dans la mesure où sa manifestation publique est inséparable du mystère même de Dieu, tel qu’il se manifeste en Jésus, l’enfant de Bethléem, le Crucifié du Golgotha, le Ressuscité de Pâques.

L’accueil fait au film étonnant de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux est révélateur de cette contradiction. Car on ne peut pas s’empêcher d’admirer le témoignage donné par les sept moines trappistes de Tibhirine, qui ont silencieusement donné leurs vies pour Dieu et pour le peuple d’Algérie. Et les images de ce film rendent presque sensible cette conformité à la passion du Christ.

Mais, au-delà de cette admiration si compréhensible, certains s’interrogent, comme le prieur des moines, le Frère Christian de Chergé, l’a fait lui-même dans son testament. Ces hommes n’ont-ils pas été des naïfs ? N’ont-ils pas été aveugles au sujet de la violence terroriste ? Que diraient-ils face à ce harcèlement presque permanent auquel doivent faire face des chrétiens d’Irak, des coptes d’Égypte et d’autres disciples du Christ qui sont condamnés à survivre dans un environnement hostile ?

Le simple réalisme historique n’obligerait-il pas à se préparer au choc inévitable des civilisations, des religions et des cultures ? Et ne faudrait-il pas ouvrir les yeux des catholiques pour qu’ils reconnaissent ces menaces et ces empiétements, surtout s’ils se manifestent chez nous ?

Face à ces questions et à ces peurs, la vérité chrétienne est appelée à s’affirmer humblement, mais avec assurance : Dieu se révèle à nous dans l’enfant de Bethléem, qui est une menace pour le roi Hérode, et le procurateur Pilate ne comprendra pas que cet homme désarmé qu’on lui a emmené soit le Messie de Dieu ! De siècle en siècle, les disciples du Christ ne cessent pas de porter en eux ce signe de contradiction : la force victorieuse du don agit au milieu des pires violences de l’histoire.

 

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