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(Frère Alain Richard, franciscain, La Croix 9/1/2010)

Dans 150 villes de France, des citoyens de tous horizons participent, une fois par mois, à un Cercle de silence sur les places publiques. Le Frère Alain Richard est l’un des initiateurs de ce mouvement né il y a deux ans, dans le silence de la prière d’une fraternité de franciscains
Les Cercles de silence font du bruit alors même – ou peutêtre du fait même – qu’ils s’enracinent dans le silence. Pourquoi ce paradoxe ? 

Les cercles de silence dénoncent l’enfermement des sans-papiers par l’État dans des centres de rétention administrative. Les moyens employés par les associations qui dénonçaient la systématisation du recours à l’enfermement ne semblaient pas porter puisque l’opinion publique soutient dans sa majorité la politique choisie. Religieux franciscains, nous avions quelque chose à dire, mais de manière différente. Le silence nous a semblé la meilleure manière de dire avec gravité que l’humanité des uns et des autres, celle des décideurs, de ceux qui soutiennent leur politique, comme celle des sans-papiers, est en jeu. Quand les mots manquent, ou quand ils ne sont plus entendus, le silence devient un cri au-delà des cris. Il permet de dépasser les mots. Que signifie ce silence ?

Les centres de rétention sont à bonne distance du centre des villes. Croyants ou athées, hommes et femmes d’âges différents, nous nous rassemblons sur une place de centre-ville, au cœur de la vie des gens. À Toulouse, nous formons un cercle autour d’une lampe tempête qui est le signe de la présence des sans-papiers retenus dans le centre. Nous n’avons pas de message sur une banderole. Notre seule communication est celle de petits tracts que nous distribuons aux passants. Nous nous abstenons de témoignages ou de photos de sanspapiers expulsés pour ne pas être dans l’émotivité. Le silence appelle à aller plus profondément en soimême et à écouter sa conscience. Seul à seul, face à soi-même, dans le silence intérieur, nous affrontons les questions dans toute leur complexité et alors, nous découvrons l’ambiguïté qui est en chacun de nous. Bien souvent, nous sommes touchés par l’atteinte à la dignité des sans-papiers et émus par leur sort, mais en même temps, nous avons peur qu’ils restent. Le silence amène à prendre conscience de ce manque d’unité et à essayer de vivre de manière plus cohérente, plus simple, comme dit François d’Assise, la simplicité étant l’opposé de la duplicité.
Ce silence est-il une fin en soi ?

Nous ne sommes pas là pour nous donner le sentiment d’accomplir une bonne action, mais avec l’espoir qu’il y ait de plus en plus de gens qui s’engagent pour que les mentalités changent, condition nécessaire pour que les lois évoluent. Mais cela dépend de chacun. Pour certains, vivre ensemble une heure en silence, ce n’est déjà pas mal. D’autres disent que vivre au Cercle de silence constitue une véritable expérience spirituelle personnelle. Des militants engagés auprès des migrants puisent dans cette heure de silence la force de continuer. Pour les uns et les autres, le silence est un lieu d’approfondissement, mais aussi un lieu qui invite à s’engager, à peser dans le débat national. Le silence appelle une parole. Le croyant vit-il de manière particulière ce temps de silence ?

Celui qui peut prier prie et intercède auprès de Dieu en faveur des migrants détenus et pour que les décideurs écoutent aussi la petite voix de leur conscience. Mais dans le silence, il pressent aussi son impuissance. Il doit accepter d’y faire face. Nous n’avons pas de solution miracle à proposer. Mais nous avons l’espérance que Dieu nous guidera pour que soient trouvées des solutions les plus justes possibles, les plus dignes possibles, partielles puis de plus en plus globales. C’est l’impuissance de Jésus sur la croix, pieds et poings liés et néanmoins profondément actif et efficace à travers son amour. Nous avançons envers et contre tout, parce que nous croyons que tout être humain est sacré et depuis que le Verbe de Dieu s’est fait l’un de nous, que tout homme a quelque chose de divin. L’espérance qui fonde notre silence est aussi celle qui nous permet de nous engager, sans condamner personne, pour faire advenir le règne de l’amour et de la compréhension, ce que les chrétiens appellent le Royaume de Dieu.

 

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