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(Jean Luc Marion, Interwiev , La Croix 21/1/2010, à l'occasion de son entrée à l'acdémie Française)

La revue catholique internationale
Communio, que vous avez cofondée, a longtemps été considérée comme représentant un courant minoritaire dans l’Église d’aprèsVatican II. Position qui s’est, semble-t-il, inversée aujourd’hui ?
Dans l’histoire de l’Église, un Concile répond moins à une crise qu’il ne la provoque. Ce fut le cas pour Vatican II, qui a provoqué une crise. Selon moi, cela vient du fait que, après le Concile, certains sont restés sur la rupture entre progressistes et conservateurs que justement Vatican II a voulu dépasser et résoudre. Le choix que l’on a proposé aux catholiques entre les deux postures, progressiste ou conservatrice, était faux. D’autres, comme Urs von Balthasar, Karol Wojtyla ou Jean-Marie Lustiger ont au contraire relu le Concile dans une perspective différente, à la lumière des Pères de l’Église, dans un mouvement de redécouverte patristique. La revue Communio a soutenu ce mouvement, et cela fait trente-cinq ans que cette revue, principalement gérée par des laïcs, fonctionne, sans subvention.

Ne craignez-vous pas cependant aujourd’hui un repli identitaire de la part des catholiques en France ?
Non, je ne crois pas, ce n’est pas un mouvement important. Les catholiques français sont en train de comprendre ce que doit être leur rôle, cela ne va pas de soi. Ils sont une minorité, mais la minorité la plus importante, qui doit avoir voix au débat. Certains chrétiens se crispent dans un état caduc et passé de la philosophie, appartenant à une époque scolastique, où la rationalité était définie de manière restrictive, où la confrontation entre foi et raison n’existait pas. Mais ils n’ont rien compris aux enjeux actuels.

Justement, pourquoi insistez-vous ainsi sur le lien indissoluble entre foi et raison ?
Je crois que nous sommes arrivés à un moment clé de cette réflexion. Ceux qui opposent foi et raison ont une vision de la foi comme n’ayant pas de logique. Or il y a une logique de Dieu dans la révélation chrétienne, car Dieu c’est le logos, la raison. Et les mêmes qui nient cette part de recouvrement de la raison par la foi reconnaissent aujourd’hui que nous nous trouvons face à une crise de la rationalité : qui peut, après le XXe siècle, dire ce que l’on entend par raison ? La frontière entre le rationnel et le non-rationnel n’a plus rien d’évident.

« Les chrétiens ont toute leur place (…) à condition qu’ils n’apportent pas au débat des convictions frénétiques, mais des positions raisonnables. »

La science n’est plus la vérité absolue comme on a voulu le croire, le progrès scientifique prend désormais aussi l’aspect d’une menace, c’est tout à fait évident avec la crise écologique. Dans ce que j’appelle cette « inquiétude rationnelle », les chrétiens ont toute leur place, et leur contribution peut être fondamentale. À condition qu’ils n’apportent pas au débat des convictions frénétiques, mais des positions raisonnables. « Raison garder », voilà ce pour quoi les chrétiens sont peut-être qualifiés, car leur Dieu n’est pas un Dieu de la toute-puissance irrationnelle, mais le Dieu du logos.

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