Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

(Eric de Kermel, directeur du magazine « Terre sauvage », Opinion, La Croix, 14 Decembre 2011)

Elles s’appellent Nature et Découvertes, Yves Rocher, Voyageurs du monde, Petzl, Léa nature ou Melvita. Toutes ont un chiffre d’affaires en hausse. Toutes ont des fondations vouées au soutien d’initiatives en faveur de la nature et de l’homme. Leurs dirigeants sont regroupés au sein du club Terre sauvage, terre des hommes car ils se retrouvent autour de valeurs communes qui placent la relation de l’homme à la nature comme fondamentale.

Comme d’autres entreprises dans d’autre secteurs, elles souffrent d’être amalgamées aux « marchés », ce monstre anonyme qui détruit aveuglément des pans entiers de notre économie, entraînant dans sa course des familles frappées par le chômage, des jeunes qui ne trouvent pas d’emploi, des étrangers caricaturés et renvoyés à la misère de leurs pays d’origine.

Ces entreprises multiplient les initiatives en faveur d’une société nouvelle. Une société qui commence par la mise à l’action de leurs propres salariés avant de soutenir des plantations d’arbres aux quatre coins du monde, des jardins solidaires dans les cités, des fermes qui protègent des espèces conservatoires ou des prisonniers à qui l’on permet de retrouver leurs enfants pour des sorties nature.

Par le soutien d’initiatives issues de la société civile, elles investissent dans ces chercheurs de sens qui préparent ce monde nouveau de la « sobriété heureuse » prônée par Pierre Rabhi. Pourtant, ces entreprises vivent des ressources de l’ancien monde car leur développement va de pair avec celui de la consommation et du pouvoir d’achat des ménages. Elles financent le nouveau monde avec l’économie de l’ancien.

Nous sommes nombreux à être dans ce cas-là. À remplir notre réservoir d’essence de la main gauche tout en compostant nos épluchures de légumes de la main droite. À demander des produits « socialement et écologiquement responsables » dans les rayons mais à acheter made in China parce que c’est moins cher… Si nous avons ainsi parfois l’impression d’être schizophrènes, c’est qu’il est impossible de jeter une grenade dans le monde ancien pour sauter tous d’un même élan dans le nouveau. 

Il faut donc accepter que notre conversion se fasse par un effet de bascule. Mais pour que la bascule s’opère, nos choix doivent être cohérents, orientés toujours dans un même sens, et nos investissements doivent être le reflet de ces choix. C’est vrai de la question du nucléaire au niveau d’un état comme de celle d’un particulier lorsqu’il doit changer de chaudière ou de voiture. C’est vrai d’une commune dans la gestion de ses déchets comme d’une entreprise quand elle choisit un prestataire pour la cantine de ses salariés. C’est enfin vrai dans nos choix de consommation quotidiens, en particulier au moment de Noël.

Alors que certains d’entre nous n’en sont plus à se demander s’il y aura de la neige à Noël mais des cadeaux au pied du sapin, nous pouvons donner du sens à nos achats. Nous pouvons regarder derrière l’étiquette et encourager les marques qui s’engagent. Prendre le temps de savoir ce qu’il y a derrière une marque, c’est comme manger des carottes en sachant d’où elles viennent, comment elles sont cultivées, par quelle femme, quel homme, quel visage… C’est ainsi passer de la « consommation » au « commerce », dans sa tradition africaine où la qualité de la relation avant l’achat importe autant que l’objet acheté.

Prendre ce temps, c’est mettre de la conscience dans nos gestes et dans leur portée. Cela peut parfois nous aider à mieux nous insurger… ou davantage nous apaiser… Joyeuse préparation de Noël, en conscience.

Partager cet article

Repost 0