Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

(Gabriel marc, ancien président du CCFD-Terre solidaire, La Croix, Forum, 12 Avril 2011)

Les épreuves que subit le peuple japonais sont porteuses de leçons universelles. J’en retiens deux. La première, c’est que les forces telluriques et marines restent toujours hors de proportion des forces humaines qui prétendent les contenir. La seconde, c’est que la parade nucléaire à l’épuisement des énergies fossiles, ainsi fragilisée, met en cause le seul recours au progrès technique comme remède aux maux de l’humanité. Il faut retenir cette leçon face aux immenses défis que l’humanité va devoir relever dans les trente ou quarante ans qui viennent. Résumés au plus juste, ils s’énoncent ainsi : comment accueillir pacifiquement près de deux milliards de personnes en plus sur une terre abîmée par deux siècles de surexploitation ? Toutes les civilisations qui ont précédé la nôtre ont été modelées par la disposition d’une source d’énergie, depuis le feu de brindilles jusqu’au feu nucléaire, en passant par la traction animale et les moulins. On nous dit maintenant que ce cycle est clos et que débute celui de la communication. Les jeunes générations en sont des artistes, qui jonglent avec Internet. Mais on ne voit pas encore clairement comment ce nouveau cycle pourrait résoudre les problèmes urgents engendrés par l’ancien.

L’actualité montre de premiers signes des gros défis à relever, ce qui prouve que ce ne sont pas des problèmes pour plus tard. Ils sont déjà engagés et demanderaient une vraie gouvernance mondiale, afin que le monde de demain advienne dans la paix. Elle fait défaut aujourd’hui et, s’il n’y a pas de guerre mondiale militaire, il y en a sur les fronts économique, financier et monétaire, malgré les G8 et G20.

Il va falloir trouver d’autres sources d’énergie, surmonter les pénuries, d’eau potable notamment, assurer la sécurité alimentaire, les soins et l’éducation pour tous, réduire les gaspillages et les déchets, gérer au mieux les migrations : il faudra bien que neuf milliards de personnes aient un lieu de vie et de quoi vivre !

Tout cela peut paraître accablant et inciter à un pessimisme démobilisateur. Pourtant, l’avenir n’est pas gravé dans le marbre : le passage en quelques décennies d’une civilisation matérialiste devenant décevante à une civilisation plus humainement épanouissante dépend des acteurs et en particulier des enfants, des adolescents et des jeunes de maintenant. Dans trente ans, c’est à eux que l’humanité sur sa planète sera confiée.

D’où la question : notre société les y prépare-t-elle ? Certes, par les médias, les jeunesses reçoivent des informations sur le monde. Elles en reçoivent tellement d’autres qu’elles risquent peu de les mettre en mouvement. Comment pourraient-elles trier et prioriser tant de messages reçus à tout instant et en tous lieux, pendant près de cinq heures par jour devant un écran, selon l’institut Médiamétrie ? Cet orage médiatique les conditionne plus au divertissement, à l’individualisme isolé ou en bandes, à l’immédiateté, au zapping, au consumérisme, qu’à l’engagement persévérant. Les nouveaux réseaux « sociaux » à succès ne risquent pas de les « socialiser », puisqu’ils substituent une relation froide virtuelle à la chaleur du dialogue vivant. Quel courage ne faut-il pas alors à un jeune pour s’arracher à ces conditionnements, prendre la vie au sérieux, s’engager avec persévérance dans la construction de l’avenir, entrer dans l’esprit collectif, accepter aussi une austérité raisonnée !

Il faut sa luer le travail de conscientisation que font bon nombre d’enseignants au-delà des programmes officiels, et se réjouir de l’apprentissage du collectif et de la réflexion que permettent les mouvements de jeunes, du scoutisme à l’Action catholique, en passant par les aumôneries pour ce qui concerne l’Église.

Mais que font les générations ascendantes ? N’ayant pas connu de guerre, elles ont pu se livrer aux délices de la consommation permise par la croissance. Naturellement elles sont portées à satisfaire au mieux les désirs de leurs jeunes, formatés par la publicité. Comment auraient-elles l’idée de former leurs descendants à un monde qu’ils ont de la peine à imaginer différent et plus dur ? Peut-on soutenir pourtant que c’est seulement par la satisfaction de leurs caprices que l’on aime ses enfants ? Le véritable amour ne consisterait-il à les aguerrir pour qu’ils tirent leur futur bonheur d’adultes dans un monde apaisé et juste qu’ils auraient fait advenir ?

Partager cet article

Repost 0