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Bertrand Révillion, Interview de Christine Pedotti, Conférence des Baptisés de France, 18 Septembre 2012)

Le (la) « vrai(e) » PIETRO DE PAOLI, mystérieux auteur de « Vatican 2035 » se confie à Bertrand Révillion et publie – sous son vrai nom ! – un livre intime « Ce Dieu que j’aime », confession d’une croyante qui dévoile son chemin personnel de foi et son attachement au Christ. Sortant de son anonymat, après 6 livres publiés sous pseudonyme, Christine Pedotti raconte cette belle aventure littéraire, ecclésiale et spirituelle…

- Bertrand Révillion : Il y a quelques mois, j’avoue avoir exercé une amicale pression en vous proposant d’écrire un petit livre dans lequel vous nous diriez votre credo personnel. Je trouvais – et trouve toujours ! – intéressant que la chrétienne engagée que vous êtes, éditrice, auteur de nombreux ouvrages (dont dernièrement un bon livre sur l’histoire du Concile), co-fondatrice de « La Conférence catholique des baptisé(e)s francophones » nous dévoile un peu ce qu’il en est de sa foi chrétienne, de sa relation personnelle au Christ, de sa secrète quête de Dieu, de sa prière…. Après avoir un peu hésité, vous vous êtes mise à l’ouvrage et le livre intitulé « Ce Dieu que j’aime » (Médiaspaul) parait ces jours-ci. Sans que nous l’ayons, ni l’un ni l’autre, prémédité, il se trouve que vous avez décidé, au même moment, de révéler que le mystérieux Pietro De Paoli (auteur notamment de « Vatican 2035 ») et vous ne sont qu’une seule et même personne. Pourquoi sortir de l’anonymat ? Pourquoi le faire maintenant ?

- Le premier titre de Pietro, Vatican 2035 est sorti il y a 7 ans. À l’époque, je croyais que ce serait un livre unique, et puis, Pietro De Paoli qui, à l’origine était simplement l’un des personnages du roman, a survécu. Il est devenu un personnage littéraire et il y a eu d’autres titres. Sept ans, 6 titres. En même temps, je passais de l’engagement littéraire à travers Pietro à l’engagement plus réel à travers le « Comité de la Jupe » et la « Conférence des Baptisé-e-s. » (1) (Instances que j’ai fondées avec Anne Soupa pour défendre la dignité des femmes et la responsabilité baptismale dans l’Eglise catholique). Il fallait bien à un moment que les deux parties de ma vie se rejoignent.

- Évidemment, tout le monde va vous demander pourquoi vous avez choisi de rester cachée si longtemps derrière un pseudonyme…

- Au début, j’avais surtout des raisons de déontologie. Je dirigeais une maison d’édition religieuse. J’avais l’obligation de demeurer professionnellement un acteur neutre. Ce que j’ai fait. Il se trouve que l’anonymat de la signature a permis à beaucoup de gens de lire non pas en jugeant la personne qui parlait mais ce qui était raconté. Évidemment, c’est une posture parfois difficile. Mais les lecteurs ont été nombreux et très fidèles. Et surtout, ils m’ont beaucoup écrit. Ce contact a été précieux.

- Vos romans publiés sous la signature de Pietro De Paoli abordent un certain nombre de points chauds du débat ecclésial. L’Église est-elle à ce point « coincée » que tout débat à visage découvert semble difficile, voire impossible ?

- En fait, je n’ai pas écrit d’abord parce que la parole était « coincée », même si c’est souvent vrai, mais parce que nombre de réflexions sur la situation de l’Église et son avenir sont écrites dans des thèses, des ouvrages compliqués que peu de gens lisent. Je voulais proposer au grand public, celui auquel je m’adresse, de se poser des questions. Écrire des fictions permet de mettre en scène des situations, d’imaginer des solutions, de montrer que la vie est compliquée, et que la foi est portée par des personnes qui ont des vraies vies, dans lesquelles il faut faire face à des ambiguïtés, à des difficultés. Je sais aussi qu’on a beaucoup débattu autour de ce que j’ai écrit parce que ce n’était pas une parole d’autorité. La personnalité de l’auteur ne pesait pas sur ce qui était écrit et la forme romanesque permet de dire les choses autrement et d’ouvrir le débat. Et puis, dans un deuxième temps, j’ai découvert que cette formule permettait de dire des choses qu’il n’était pas possible de dire autrement. Des gens (des prêtres, des évêques), ont écrit à Pietro et lui on raconté des choses pour qu’il s’en serve dans ses livres. Et je l’ai fait. En étant Pietro, je ne parle pas seulement à partir de moi, de ce que je sais, mais je porte aussi la parole de ceux qui m’ont fait confiance.

- Une femme qui se cache derrière un pseudonyme masculin, ça se vit comment ?!

- Ça, c’est une vraie question et elle me tracasse beaucoup. Je n’ai pas eu de mal à me mettre dans la peau de mes personnages masculins, prêtres, évêques, papes… Et il m’a été très facile de « devenir Pietro ». Quand je suis Pietro, je me mets très naturellement à écrire au masculin. Flaubert a osé dire à propos de Madame Bovary « Emma, c’est moi ». Je ne prétends pas au talent de Flaubert, mais en fait, il a raison. Il n’y a pas de difficulté à entrer dans la peau d’un homme. C’est mon éditeur qui, au départ, m’a fermement suggéré de prendre un pseudonyme masculin, car le regard intérieur d’un homme était sans doute plus crédible, plus conforme a la réalité très majoritairement masculine de l’institution ecclésiale. Je crois qu’il a eu raison même si cela révèle, en creux, une situation plutôt désagréable pour les femmes dans l’Eglise !

- De nombreux lecteurs ont écrit à Pietro De Paoli. A la lecture de leurs courriers, qu’avez-vous découvert de leurs attentes, de leurs inquiétudes, de leurs impatiences ?

- Le courrier abondant (plusieurs centaines de lettres et de mails) m’a été précieux. Au total, je ne crois pas en avoir reçu plus de cinq qui était déplaisants. En fait, ces courriers sont bouleversants. Après Vatican 2035, les lecteurs disaient que cela leur avait redonné beaucoup d’espérance. Ils s’étaient mis à croire que quelque chose pouvait arriver qui redonne de l’élan et de la jeunesse à l’Église. Et puis ils parlaient des personnages comme s’ils étaient devenus des amis. Mais les plus émouvants sont ceux que j’ai reçus après 38 ans célibataire et curé de campagne. J’ai reçu des dizaines de lettres de prêtres de tous âges qui disaient en substance, « Marc, c’est moi » et « merci, merci de si bien nous connaître et de nous aimer ». J’avoue que toutes ces lettres m’ont beaucoup fait pleurer, de joie, d’émotion, de reconnaissance… Eh, oui, je pleure parfois… « comme une fille ! »…

- Ces prêtres – et sans doute y a-t-il aussi quelques diacres -, dans quel état d’esprit les percevez-vous ?

- A la lecture du courrier, je peux dire que des membres du clergé – prêtes et diacres - ne se sentent pas toujours aimés, soutenus, suffisamment écoutés par leur évêque. Un sentiment de solitude. Certains en souffrent. Quand mon personnage, Marc, est, sous ma plume, devenu évêque pour le livre Dans la peau d’un évêque, c’était pour essayer de comprendre de l’intérieur ce que c’est que d’être évêque et pourquoi c’est si difficile. Et là, les prêtres et les diacres m’ont écrit en me disant : « Si seulement mon évêque était comme Marc ». Quant aux diacres, ils écrivent pour protester et demandent quand Pietro va enfin écrire sur eux ! Car ils me rapportent des histoires et des situations qui montrent que ce ministère, le plus souvent confié à des hommes mariés engagés dans la vie professionnelle, traverse lui aussi des interrogations et des difficultés…

- Certains interlocuteurs ont reproché à Pietro De Paoli d’avoir parfois la dent dure avec l’Institution ecclésiale. Au moment où il faudrait, au contraire, être solidaire d’une institution fragilisée…

- Pietro raconte des histoires vraies, qu’on lui a confiées. Il tend un miroir, et la réalité est souvent rude. Mais si vous regardez tous les livres, vous verrez que mon personnage est toujours optimiste et plein d’espérance. Pietro et Christine – qui sont tous deux profondément attachés à l’Eglise du Christ ! – sont d’accord sur un point : c’est le silence, la chape de plomb du silence qui rend malade ; pas la parole ! Vous comme moi, nous sommes mariés, Bertrand : nous savons bien que c’est le silence, le non-dit qui tue les couples ; pas la parole, le dialogue, le débat. L’Eglise irait mieux si la parole était plus libre, plus vraie en son sein.

- On peut désormais poser directement la question au « vrai » Pietro : quelles sont à vos yeux les urgences, les deux ou trois grands défis à relever pour que l’Église remplisse au mieux sa mission d’annonce du Christ aux hommes et aux femmes de ce temps ?

- L’Église que j’aime est celle qui osera redevenir vivante, souple, créative ; elle qui malheureusement est aujourd’hui si souvent rigide, paralysée et paralysante. Il y a une forme institutionnelle à réinventer, et je crois que ce sera plus qu’une simple réforme. Il y a surtout, et c’est très compliqué, à retrouver les fondements du christianisme et à les formuler dans des termes qui rencontrent l’expérience vitale des gens de ce monde. Pour le dire dans une formule choc, aujourd’hui, quasiment personne ne sait à quoi correspond le « Salut ». Or c’est l’urgence qu’il faut dire aux hommes et aux femmes de ce temps. Ils sont sauvés ! Encore faut-il être capable de leur dire de quoi et comment. Et par qui !

- Dans quel état d’esprit êtes-vous au moment de « tomber le masque » : inquiétude, soulagement ?

- Plutôt de l’inquiétude. Depuis sept ans, Pietro écrit mais ne parle pas. Je ne sais pas si je vais savoir le faire parler.

- Pietro continuera-t-il à écrire ? A-t-il déjà un autre livre en chantier ?

- Oh oui, des tas ! D’abord, j’ai « 100 mots pour la foi » que je publie sur le blog de mon ami Bérulle (2) J’en ai fait 77, il y manque 23. C’est destiné à la publication. J’ai un projet déjà assez travaillé sur la conversion, et un autre sur la foi, ou plutôt sur la perte de la foi. Parfois, j’ai aussi envie de faire revivre quelques personnages de Vatican 2035. Mais je vais vous faire une confidence, pour l’année qui vient, c’est Christine qui écrit.

- Merci… « Monseigneur » !

 

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