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Cette semaine, les deux rubriques habituelles (Mot du Dimanche, Préparer le Dimanche) et un article mis en ligne par les Jésuites de France : Pour nous aider à prier cet été…

 

Antoine BLOOM (1914-2003)

Métropolite orthodoxe du diocèse de Grande-Bretagne

Rencontre des jeunes à Taizé, La Documentation Catholique, 1968, n° 185-187.

La vie et la prière son absolument inséparables. Une vie sans prière, c’est une vie qui ignore une dimension essentielle de l’existence. Le monde où nous vivons n’est pas un monde profane. C’est un monde que nous savons trop bien profaner, mais en soi, il est sorti des mains de Dieu, il est aimé de Dieu. La valeur que Dieu lui attache, c’est la vie et la mort de son Fils unique. Et la prière manifeste notre connaissance de ce fait, notre découverte du fait que chacun autour de nous, chaque chose autour de nous, a une valeur sacrée aux yeux de Dieu, et nous devient précieux, nous devient aimé. Ne pas prier, c’est laisser Dieu en dehors de l’existence, et non seulement lui, mais tout ce qu’il signifie dans le monde qu’il a créé, ce monde où nous vivons.

Souvent, il nous semble difficile d’ordonner la vie et la prière. C’est une erreur, c’est une erreur absolue. Elle vient de ce que nous avons une idée fausse de la vie, comme de la prière. Nous pensons que la vie consiste à s’agiter, et que la prière consiste à se retirer quelque part, et à tout oublier, notre prochain et notre situation humaine. C’est faux, c’est une calomnie de la vie, et c’est une calomnie de la prière elle-même.

Si nous voulons apprendre à prier, il faut d’abord nous faire solidaire de toute la réalité totale de l’homme, de sa destinée et du monde entier : l’assumer totalement. Et c’est là l’acte essentiel que Dieu a accompli dans l’Incarnation, c’est l’aspect total de ce que nous appelons l’intercession. Ordinairement, quand nous pensons à l’intercession, nous pensons qu’elle consiste à rappeler poliment à Dieu ce qu’il a oublié de faire. En réalité, l’intercession consiste à faire un pas qui nous porte au coeur d’une situation tragique, et un pas qui ait la même qualité que le pas du Christ qui est devenu homme une fois pour toutes.

Nous devons faire un pas qui nous porte au coeur d’une situation dont plus jamais nous ne voudrons sortir. Une solidarité chrétienne, christique, est simultanément orientée aux deux pôles opposés. Le Christ incarné, vrai homme et vrai Dieu, est totalement solidaire de l’homme dans son péché lorsqu’il se tourne vers Dieu, et totalement solidaire de Dieu lorsqu’il se tourne vers l’homme. C’est cette double solidarité, qui nous rend, en un sens, étrangers aux deux camps et en même temps unis aux deux camps, qui est notre situation chrétienne de base.

Maintenant, vous me direz : que faire ? Eh bien ! la prière naît de deux sources : ou bien c’est l’émerveillement que nous avons par rapport à Dieu et aux choses de Dieu – notre prochain, ou le monde qui nous entoure, malgré ses ombres –, ou bien c’est le sens du tragique, le nôtre et celui des autres surtout. Berdiaeff disait : "Si j’ai faim, c’est un fait physique ; si mon voisin a faim, c’est un fait moral". Eh bien voilà le tragique tel qu’il nous apparaît à chaque instant : mon voisin a toujours faim. Il n’a pas toujours faim de pain, il a quelquefois faim d’un geste d’humanité, d’un regard charitable. Eh bien ! C’est là que commence la prière, dans cette sensibilisation à la merveille et à la tragédie. Lorsqu’elle subsiste, tout est facile : dans l’émerveillement, nous prions facilement, comme nous prions facilement lorsque le sens de la tragédie nous empoigne.

Si vous commencez à unir ainsi la vie à votre prière, elles ne se sépareront jamais. Et la vie sera comme un combustible qui, à chaque instant, nourrira un feu qui deviendra de plus en plus riche, de plus en plus brûlant, et qui vous transformera vous-même peu à peu en ce buisson ardent dont parle l’Écriture Sainte.

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