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 Une réflexion, qui doit devenr nôtre. Des paroles personnelles à risquer...voilà les enjeux de ce débat !

Pour aider à la réflexion : Une réflexion de Xavier Lacroix, Philosophe

 (Totalité de l'article à consulter en suivant le lien)

Il est devenu banal d’entendre dire que le mot « famille » doit se décliner au pluriel, que nous assistons à de nouvelles formes de vie familiale. Voyons nous réellement émerger de nouvelles formes ? J’en doute. Mais surtout, me vient souvent à l’esprit la réflexion suivante : ceux-là même qui emploient le pluriel - « les familles » - recourent bien à un même vocable, celui de « famille », qui doit bien avoir une signification élémentaire. Au minimum, une famille, c’est le lieu où naissent et sont élevés les enfants. La naissance peut-être relayée par l’adoption, mais elle garde tout de même sa place irréductible. Dès lors, se pose nécessairement la question du lien, lien non seulement entre les parents et l’enfant mais entre les deux parents eux-mêmes ou, pour le moins, entre les deux adultes qui élèvent l’enfant.

Question de la continuité ou non entre le couple géniteur et le couple éducateur. Autrement dit, un des enjeux premiers est le statut du couple parental, sa stabilité, sans oublier l’intégration de celui-ci dans une généalogie.

Tout enfant étant né d’un homme et d’une femme, une formule minimale pour caractériser la famille pourrait être celle d’Irène Théry : « Le lieu où s’articulent la différence des sexes et la différence des générations1 ». Mais, pour que cette articulation soit effective, certaines conditions sont requises. Il faut des relations réelles, l’expérience concrète de la différence à travers la durée. Dès lors, la notion de « différence » ne suffit pas. Elle en appelle une autre, celle de lien : lien entre les parents, lien entre les générations. Les différentes cultures ont articulé différemment ces liens ; elles les ont toutes articulées. Le mariage est l’institution qui articule ces deux liens, vertical et horizontal, si vous voulez.

Une tendance montante se fait jour pour souligner que désormais le mariage n’est pas la seule façon de fonder une famille. Récurrents sont les chiffres qui soulignent la montée du concubinage, le fait que près d’un enfant sur deux naisse hors mariage. Ces données nouvelles doivent être considérées avec réalisme. Mais une distinction s’impose : entre le point de vue sociologique, qui décrit des faits, de l’ordre du constat et le point de vue évaluatif, éthique, politique, qui doit s’interroger en termes de responsabilité, d’appui à ce qui est moralement préférable.

Certains disent alors que le corps social, à travers ses différents acteurs, doit se désintéresser du lien conjugal, de son statut, de sa solidité, de l’appui qui peut lui être donné, pour ne faire porter l’attention que sur le lien de filiation. Ce serait la filiation qui ferait la famille. Fonder une famille, ce serait donner naissance à un enfant, le reconnaître, lui donner un nom. De ce lien de filiation, le discours social devrait avoir le souci, pour assurer la pérennité du lien mère-enfant, père-enfant, tandis qu’il devrait être indifférent à la conjugalité, laquelle ne renverrait qu’aux choix privés, à l’éthique intime ou confessionnelle.

Telle ne sera pas ma position. Ma thèse est que, dans la culture qui est la nôtre, l’on ne peut pas penser la filiation de façon cohérente, et encore moins l’institutionnaliser,

indépendamment de la conjugalité.

Dans une première partie, je développerai l’idée que la filiation ne peut pas être le fondement de la famille.

Dans une deuxième partie j’intégrerai dans cette problématique l’enjeu de la différence sexuelle.

Dans une troisième partie je poserai la question de l’appui à l’institution matrimoniale.

Une remarque préliminaire : lorsque nous parlons ou sommes acteurs, nous ne pensons pas à partir de nulle part. Nous pensons et agissons au sein d’une culture déterminée, porteuse d’une anthropologie, d’une éthique, d’une philosophie qui a sa cohérence. On ne peut donc rien prouver passant d’une culture à une autre, prenant une donnée ici, une autre là. Un système de parenté forme un tout cohérent. Dans le contexte qui est le nôtre, il doit de surcroît être cohérent avec une culture qui met en avant le caractère interpersonnel des relations, avec une éthique du respect de la personne considérée comme fin et non comme moyen, culture de la liberté, de l’égalité et de l’amour, à l’articulation de la chair et de la parole. Dans un tel contexte, l’idée de famille n’est pas malléable à merci.

 

1 « Différence des sexes et différence des générations », Esprit, décembre 1996.

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