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(Jean Vanier, Forum La Croix 21 Janvier 2012)

L’encyclique de JeanPaul II sur l’œcuménisme, Ut unum sint , est à côté de ma table de travail. E l l e m’ i n s p i re, m’enseigne, me fortifie et m’encourage. Être unis pour que « le monde croie que tu m’as envoyé », prie Jésus dans l’Évangile de Jean. La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens appelle tous les chrétiens à être ensemble pour témoigner de l’Évangile, chemin d’unité et de paix pour notre monde.

En 1964, la première communauté de l’Arche est née en terre catholique ; la deuxième à Toronto grâce à un couple anglican ; la quatrième est née en Inde, terre interreligieuse. Notre but est d’accueillir dans une vie communautaire chaleureuse des personnes en situation de handicap, si souvent méprisées et humiliées. Nous souhaitons les aider à se développer humainement et spirituellement, les aider à prendre conscience de leur personne cachée derrière leurs handicaps et humiliations. Cette prise de conscience se réalise à travers des rencontres avec les assistants. En vivant en communion avec elles, ils sont transformés intérieurement.

Dans nos communautés œcuméniques, notre relation aux plus faibles est source d’unité. Elle nous rapproche de Dieu. Jésus dit : « Celui qui accueille un de ces petits en mon Nom m’accueille. » Chez nous, comme à Foi et Lumière, beaucoup d’assistants affirment que la rencontre simple et vraie avec la personne en situation de handicap les aide à découvrir Jésus, à approfondir leur union avec Lui. Loin de faire une synthèse entre les différentes confessions chrétiennes, chacun est appelé à grandir dans la foi de son Église en vivant avec Jésus, dans l’esprit de l’Évangile. C’est ainsi qu’en Australie, se vivent nos célébrations œcuméniques : chacun, à tour de rôle, partage sur la façon dont son Église l’a aidé à connaître, à aimer Jésus et à vivre avec lui auprès des personnes marginales et exclues ; et puis chacun exprime ce qu’il trouve de beau dans l’Église de l’autre. « Le dialogue, écrit Jean-Paul II dans son encyclique, ne s’articule pas exclusivement autour de la doctrine, mais il implique la personne tout entière : c’est aussi un dialogue d’amour. » Puis il cite le Concile : « Il est juste et salutaire de reconnaître les richesses du Christ et les effets de sa puissance dans la vie d’autrui qui portent témoignage au Christ, parfois jusqu’à l’effusion du sang ; car Dieu est toujours admirable et il doit être admiré dans ses œuvres. »

L’Église pentecôtiste est en grande expansion à travers le monde. Elle est à l’origine d’un grand courant charismatique qui s’est répandu dans l’Église catholique et témoigne d’une vie nouvelle dans l’Esprit Saint. De plus en plus de membres de cette confession s’engagent à vivre dans les grands bidonvilles d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique ; ils travaillent avec les différentes Églises pour transformer ces bidonvilles en des lieux humains régis par le droit (et non plus par les mafias) dans un esprit chrétien. Ils forment communauté, apprennent la langue et la culture et nouent des amitiés avec leurs voisins du bidonville. Ceux-ci ont besoin d’être vus non d’abord comme des personnes à convertir mais comme des personnes aimées et respectées. Je me sens parfois en grande harmonie et communion avec ces chrétiens engagés avec les plus pauvres, vivant avec Jésus. Nous avons tous reçu le même appel d’annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres et il ne s’agit pas juste de dire : « Jésus t’aime » mais « moi je t’aime et je m’engage à ton égard au nom de Jésus ».

Il y a quelques années on m’a demandé de partager sur le lavement des pieds dans l’Évangile de Jean avec des évêques de l’Église catholique et de l’Église d’Irlande, membre de la Communion anglicane, ainsi qu’avec les modérateurs presbytériens et méthodistes d’Irlande du Nord. Après la parole, par petits groupes, nous nous sommes lavé les pieds les uns des autres dans un grand silence. C’est une souffrance pour nos communautés œcuméniques de ne pouvoir manger le corps de Jésus et boire son sang tous ensemble. Cette souffrance est le signe de notre soif d’unité. Elle manifeste aussi l’espérance qu’un jour nous pourrons tous partager la même table eucharistique. Mais, aujourd’hui, nous pouvons nous laver les pieds les uns des autres.

Une des grandes lumières de notre monde brille sur la colline de Taizé. Je demeure ému par la vision de Roger Schutz et de ses frères, leur vie de prière si simple attire des centaines de milliers de jeunes d’Europe et du monde. Je suis touché par les Frères qui s’engagent dans des lieux d’extrême pauvreté. La communauté de l’Arche au Bangladesh a été fondée grâce aux frères de Taizé. L’un d’eux écrivait : « Nous découvrons de plus en plus que ceux qui sont rejetés par la société du fait de leurs faiblesses et de leur inutilité apparente sont en réalité une présence de Dieu. Si nous les accueillons, ils nous conduisent progressivement vers une vie simple et pleine de joie, loin du monde de compétition et du besoin de faire de grandes choses, vers une vie où nous accomplissions de petites choses avec amour. Le service donné à nos frères et sœurs qui sont faibles et vulnérables signifie l’ouverture d’un chemin de paix et d’unité. »

 

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