Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

(Pour méditer ce Dimanche voir également dans la rubrique "préparer le Dimanche")

 

Satan existe-t-il ?

(D'après Philippe Bacq, Luc, un Evangile en Pastorale, Lumen vitae)

 

Le mot hébreux satan « l’adversaire », « l’accusateur » est parfois traduit en grec par ho diabolos, « le diable », « celui qui divise ».

Il désigne celui qui joue le rôle de l’avocat général dans un procès humain (Ps 109,6-7)

Dans deux passages de l’AT, il désigne un personnage de la cour céleste siégeant au tribunal divin qui est chargé de tester la fidélité de l’homme devant Dieu et éventuellement de l’accuser.(Za 3, 1-2 ; Jb 1, 6-12)

A l’origine, le Satan, n’est donc pas l’ennemi de Dieu, il défend ses intérêts en exercant une sorte de ministère public.

Le mot change de sens dans un unique passage du Livre de Chroniques (300 av JC) (1Ch 21, 1)

Il n’est plus précédé d’un article et acquiert la valeur d’un nom propre.

Il devient le tentateur de l’homme.

L’auteur de ce livre corrige ainsi l’ancienne théologie du livre de Samuel qui rendait Dieu lui-même responsable des fautes des humains.(2S 24, 1)

Cette extrême discrétion de l’AT contraste avec les  évangiles qui font plusieurs allusions à Satan ou au diable.

Faut-il prendre ces textes au pied de la lettre? Est-il par exemple obligatoire de croire que Satan est un ange créé par Dieu qui s'est révolté contre lui et qui tente de déshumaniser les humains? Cette interprétation traditionnelle de l'Église remonte au Moyen Âge. Mais il est aussi légitime de voir en Satan la personnification de toutes les forces du mal qui travaillent le monde et l'histoire; cette interprétation est fréquente aujourd'hui parmi les exégètes et les théologiens.

Pourquoi?

Il convient de remarquer que Satan n'est pas un prénom personnel, comme l'est celui de Jésus par exemple; en témoignent les multiples pseudonymes qui le désignent. Son nom est fonctionnel. Dans le récit de Marc, il est celui qui tente ( Mc 1,13) ou qui vient enlever la Parole du cœur de celui qui l'a entendue (Mc 4, 15 ; il est à noter que, dans ce passage, le  narrateur écrit le satan). Il est l'ennemi (Mt 13,28), le père du mensonge, l'homicide dès le commencement (Jn 8,44), le séducteur du monde entier (Ap 12,9), l'accusateur de nos frères (Ap 12,10)... Manifestement, l'important est la fonction qu'il remplit. Voilà pourquoi Pierre est appelé Satan quand il joue le rôle du tentateur en s'opposant à Jésus (Mc 8,33).

Les récits permettent donc d'interpréter Satan dans un sens symbolique: tout être humain peut être Satan pour un autre humain.

Dès lors, que disent-ils du point de vue de la foi?

Sur ce point, tous les exégètes et les théologiens rejoignent la tradition la plus ancienne de l'Église; que l'on comprenne Satan dans un sens personnel ou métaphorique, le Christ l'a définitivement vaincu par sa vie, sa mort et sa résurrection. Il n'a plus aucun pouvoir, sinon celui que les humains lui donnent lorsqu'ils entrent librement en connivence avec les forces du mal, s'allient à d'autres libertés et opèrent le malheur de l'humanité que Dieu crée pour la vie.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :