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Mois du Rosaire ?

(Timothy Radcliffe, Je vous appelle amis, Cerf, 2000, p 279-281)

L’Ave Maria individuel est la prière du voyage que chacun de nous doit parcourir, de la naissance à la mort en passant par le moment présent. Mais en fin de compte, notre vie n’a pas de sens en elle-même, comme histoire privée, individuelle. Notre vie n’a de sens que prise dans une histoire plus vaste, qui s’étend du tout début jusqu’à la fin inconnue, de la Création au Royaume. Et cette plus longue étendue est donnée par les mystères du Rosaire, qui racontent l’histoire de la Rédemption.

On pourrait donc dire que chaque Ave Maria représente une vie individuelle, avec son histoire entière de la vie à la mort. Mais tous ces Ave Maria sont embrassés dans une histoire plus longue, celle de la Rédemption. Nous avons besoin des deux dimensions, une histoire à deux niveaux. Il me faut donner une forme et un sens à ma vie, à l’histoire de ma chair et de mon sang, avec mes échecs et mes victoires. S’il n’y a pas de place pour mon histoire unique, je serai tout simplement perdu dans l’histoire de l’humanité. Car le Christ me dit : “Aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis”. J’ai besoin de cet Ave Maria individuel, mon petit drame personnel, pour faire face à ma petite mort personnelle. Ma mort ne signifie peut-être pas grand-chose pour l’humanité, mais pour moi, elle sera plutôt importante.

Cependant, il n’est pas suffisant de s’en tenir à ce niveau personnel. Je dois voir ma vie s’insérer dans le drame plus vaste du dessein de Dieu. Seule, mon histoire n’a pas de sens. Mon Ave Maria individuel doit trouver place dans les mystères du Rosaire. Ainsi le Rosaire propose-t-il le parfait équilibre dont nous avons besoin pour la recherche du sens de notre vie, à la fois sur le plan individuel et sur le plan collectif.

Je dois toutefois répondre à une dernière objection. J’ai voulu évoquer la richesse théologique du Rosaire. Le fait est, pourtant, qu’en priant le Rosaire on pense rarement à quoi que ce soit. Il faut dire d’abord que cette répétition n’est pas nécessairement le signe d’un manque d’imagination. Un pur plaisir, un plaisir exubérant, peut nous faire répéter les mots. Quand nous aimons, nous savons bien qu’il ne suffit jamais de dire une seule fois : “Je t’aime”. Nous voulons le dire encore et encore, espérant aussi que l’autre souhaitera l’entendre encore et encore.

Enfin, il est vrai qu’en priant le Rosaire on ne pense pas toujours à Dieu. On peut continuer des heures durant sans la moindre pensée. On est juste là, on dit nos prières. Et cela peut aussi être bon. Quand nous récitons le Rosaire, nous célébrons que le Seigneur est vraiment avec nous, que nous sommes en sa présence. Nous répétons les paroles de l’ange : “Le Seigneur est avec vous”. C’est une prière de la présence de Dieu. Et si nous sommes en groupe, nous n’avons pas à penser aux autres. Comme a écrit quelqu’un : “Je ne pense pas à mon ami quand il est à côté de moi ; je suis bien trop occupé à goûter sa présence. C’est quand il est absent que je commence à penser à lui”.

Aussi n’essayons-nous pas, dans le Rosaire, de penser à Dieu. Au contraire, nous goûtons les paroles de l’ange adressées à chacun de nous : “Le Seigneur est avec vous”. Nous répétons continuellement les mêmes mots, avec l’exubérance vitale inépuisable des enfants de Dieu qui se réjouissent de la Bonne Nouvelle.

Tag(s) : #Spiritualité

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