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 (Dominique Quinio, Editorial, La Croix, 29/1)

 

 Le courrier des lecteurs de
La Croix  en est un indicateur palpable : l’an­nonce de la levée de l’excommunica­tion des quatre évêques intégristes ordonnés par Mgr Lefebvre a soulevé une vague d’émotion, amplifiée par la révélation des propos négationnis­tes de l’un de ces prélats : au grand désarroi de nombre de prêtres et laïcs, l’on tendait ainsi la main à des hommes qui rejettent, avec le concile Vatican II, le dialogue œcuménique ou interreligieux, et vont jusqu’à nier, comme Richard Williamson, l’exis­tence des chambres à gaz.
  Trop c’était trop. Certes, la levée de l’excommunication n’est qu’un préa­lable et la route devrait être longue encore pour les intégristes. Mais le symbole faisait mal et la proximité des mots donnait l’impression d’une indulgence à deux vitesses, certains (divorcés remariés, par exemple) ne recevant pas le pardon accordé à d’autres, de surcroît fort peu re­pentants. Ce qui faisait mal, aussi, c’était la blessure infligée aux juifs (on aurait d’ailleurs préféré que le supérieur de la Fraternité-Saint­Pie-X demande pardon aux juifs eux-mêmes).
  La force de cette vague était telle que les évêques français ont pris la parole, à tour de rôle et collective­ment, pour rappeler leur attachement à Vatican II, leur condamnation

« des paroles inacceptables et scandaleuses de Mgr Williamson » et pour redire leur confiance à ceux qui font vivre l’Église d’aujourd’hui. Et Benoît XVI, à la fin de l’audience générale hier, a dû donner des précisions sur l’in­dispensable respect de l’autorité du concile Vatican II. Il a rappelé aussi, sans ambiguïté, sa ferme condam­nation du négationnisme : la Shoah doit être « pour tous un avertissement contre l’oubli, contre la négation ou le réductionnisme »
.
  À l’aune du temps de l’Église, le tempo du monde paraît sans doute négligeable. Mais qu’en annonçant une telle décision, aussi forte sym­boliquement, on ne mesure pas le scandale des propos d’un évêque « réhabilité », laisse perplexe. C’est faire peu de cas (ou ignorer, mais ce n’est pas plus réconfortant) que le message ne s’adresse pas seulement à la communauté intégriste, mais à tous, urbi et orbi, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église catholique. Il faudra remonter la pente. En souhai­tant que des membres de la cordée­Église, fatigués, ne choisissent pas d’abandonner l’ascension.

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