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Catholiques et présents dans notre société : pour quelles raisons ?

(Claude Dagens, évêque d’Angoulême, Allocution prononcée le 8 avril 2014, Assemblée plénière des évêques de France.)

Je voudrais prendre un peu de recul par rapport à l’actualité immédiate, en partant de l’appel que nous adresse le pape François, l’appel à « sortir de son propre confort et à avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile. » ( Evangelii Gaudium, n° 20). Je souhaite que l’Église catholique en France prenne les moyens de répondre à cet appel, de façon plus résolue et plus solidaire. Mais cela m’amène à exprimer parmi vous une crainte, un refus et une conviction. Ma crainte La crainte est d’ordre politique au sens fort de ce terme. Il s’agit de notre présence de catholiques dans la cité commune, à l’intérieur de notre société évidemment sécularisée car notre présence se situe à l’intérieur, et non pas à l’extérieur de cette société. En évitant l’illusion politique selon laquelle la seule voie pour affirmer notre présence serait la voie de l’opposition à l’État, au gouvernement. Je crois que selon ce schéma-là, nous oublions qu’en régime démocratique, les réalités politiques conjuguent non pas deux termes, l’État et l’Église, comme au XIXe siècle, mais l’État, l’Église et la société, telle qu’elle est, incertaine et inquiète. Et il nous faudrait comprendre ces inquiétudes non pas selon des schémas politiciens, mais à partir de notre conscience chrétienne, comme le fait notre commission « Famille et Société ». Mon refus Mon refus décidé concerne l’interprétation idéologique que je perçois ici ou là par rapport aux évolutions de notre société. Il s’agit parfois d’une véritable idéologie catholique, c’est-à-dire d’un système de pensée qui se réclame de la Tradition catholique mais qui est replié sur lui-même et que l’on doit accepter en bloc. Il tient plus ou moins en quelques éléments inséparables : 1. La sécularisation n’a que des effets négatifs. Cherchez et vous trouverez, et vous devrez combattre ces effets négatifs ! 2. Il faut reconstruire des chrétientés à partir de réseaux catholiques qui deviennent des groupes de pression. 3. Cette reconstruction passe avant tout par des prêtres, aussi nombreux que possible que l’on met en situation de pouvoir et non pas de service. Ma conviction Ma conviction positive est en même temps un souhait et un espoir. Il me semble que nous sommes appelés, en tant que catholiques en France, à être plus radicalement chrétiens, disciples du Christ, dans une société qui n’est plus chrétienne, mais dans laquelle germent beaucoup d’attentes spirituelles. Et ce travail de conversion au Christ passe par la pastorale ordinaire et non pas d’abord par des manifestations extraordinaires, et la pastorale ordinaire est celle de nos communautés chrétiennes ordinaires, de nos paroisses, si ces communautés ne sont pas obnubilées par leur propre fonctionnement ou leur propre survie. En tout cas, on ne sert pas la cause du Christ en se servant des valeurs dites traditionnelles pour s’imposer à la société. Le Christ n’est pas une valeur. Mieux vaut répondre aux appels du pape François quand il nous dit ceci : « la communauté évangélisatrice, par ses œuvres et ses gestes, se met dans la vie quotidienne des autres, elle raccourcit les distances, elle s’abaisse jusqu’à l’humiliation si c’est nécessaire et assume la vie humaine, touchant la chair souffrante du Christ dans le peuple. Elle ne rêve pas d’avoir beaucoup d’ennemis, mais plutôt que la parole de Dieu soit accueillie et qu’elle manifeste sa puissance libératrice et rénovatrice. » (Evangelii gaudium, n°24). Ainsi soit il !

Tag(s) : #Questions d'Eglise

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