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(Véronique Margron, Libre traversée de l'Evangile, Bayard, 2007, p 149-151)

« Es-tu le roi des Juifs ?

-C’est toi qui le dis. »

Etrange dialogue entre Pilate –gouverneur de César-maître de l’Empire romain, et Jésus, abandonné, livré, et bientôt suspendu à deux bois morts.

C’est avec cet évangile que l’église fête le Christ Roi. Nous savons bien qu’il s’agit d’une autre royauté –qui n’est pas de ce monde. En cette heure, Jésus –comme lors des tentations au désert –refuse de se servir de son pouvoir pour s’affirmer et se sauver d’une mort imminente. C’est bien là un signe trop évident qu’il est un roi peu commun, au minimum ! Mais cette lecture peut-elle suffire aujourd’hui ? En effet, la violence est prise de rage et s’empare, si fréquemment, des prétextes de la foi en Dieu, des commandements d’un tout puissant. Comment croire que le Dieu de Jésus-Christ, lui, roi pourtant, ne nous menace pas de sa fureur ? Cette furie meurtrière qu’exercent tant de souverains – justement parce qu’ils sont rois et princes, maîtres ou docteurs de la loi. Etre assuré que nous n’avons pas à frémir de peur, rien à craindre –contrairement à ce que dit à son compère le larron sur la croix. Dans l’époque où nous vivons, la confession de Dieu est devenue grave de conséquences, de manières de vivre et de parler, les mots plus lourds, ils peuvent tuer, engendrer la haine, l’humiliation, le désespoir.

« Celui-ci est le roi des juifs », a accroché quelqu’un au sommet de la potence de Jésus. C’est son identité. Décisive. A un des refrains des Evangiles « es-tu celui qui doit venir ? », « d’où es-tu ? », voici la réponse : roi sans apparat, sans défense, sur une potence. Jésus ne revendique pas une identité : il se livre. C’est ce geste qui dit qui il est, quelle est sa royauté, sa transcendance. Jésus est exposé, et chacun en fait ce qu’il veut : l’humilier, le flageller, le pendre, le renier, ou l’embrasser, le pleurer, murmurer « celui-ci était vraiment le fils de Dieu ». jésus n’est pas dans l’affirmation de lui-même. L’enfant de Bethléem ne vient pas devant la foule pour lui clamer haut et fort « je suis votre roi, prosternez-vous, battez-vous pour moi ». Non, il accomplit ce qu’il fait depuis les commencements : servir, se tourner vers d’autres, nous laisser à notre propre liberté. Etrange roi que celui dont la hauteur est signifiée par cette hospitalité –hors de toutes normes-avec un malheureux en croix comme lui : « Aujourd’hui tu seras avec moi, dans le paradis. » Avec moi !

La noblesse de Dieu n’est pas dans sa puissance d’armes, elle ne se compte pas en nombre de légions, fût-ce des anges. Elle est dans sa capacité –unique-  à s’être fait le proche de l’homme, du plus misérable : le condamné. Ce qui est divin chez Dieu, ce n’est pas sa séparation d’avec l’homme, c’est sa ressemblance. Il est roi car lui seul est capable à ce point de se faire l’intime du cœur de l’homme, de son désir et de son malheur. Lui seul est vraiment un homme d’une totale humanité. « Ce sont les dieux inoccupés qui nous menacent » (R.M. Rilke) Mais le vrai Dieu est tout occupé par l’homme et son devenir. Par tout homme, par tous les humains pour proposer son amour, sans jamais se fatiguer.

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