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LIF-008-F.gifIl est important que nous participions aux grands débats éthiques. Actuellement la question de l’Euthanasie est au centre des réflexions !

L’Evangile a quelque chose à dire à ce débat, pas de doute…alors ne faiblissons pas lorsqu’il est question de le méditer au jour le jour !

(Le mot du Dimanche, Préparer le Dimanche)

 

Puisse au travers de la méditation de l’Ecriture, «  L’Esprit Saint nous rappeler tout ce qu’a dit Jésus,  et nous conduire vers la vérité tout entière » (Jean 16)

 

En ce sens un livre est à découvrir :

Véronique Margron, Existences fragiles, Bayard, 2010

 

(Extraits d’une conférence de Véronique Margron, Beauvais, le 28 novembre 2010)

 

Les questions fondamentales de bioéthique ont un enjeu pour nos vies très ordinaires : elles interrogent notre art de vivre pour qu’il soit le plus ajusté possible à la vérité de l’humain mais aussi du chrétien. Notre foi est interrogée mais aussi instruite par ces questions actuelles.

Pour avoir « quelques repères dans notre réflexion sur l’homme et sur notre société bousculés par les progrès de la science » dans le cadre de la révision en cours des lois sur la bioéthique, trois notions importantes sont à approfondir.

- la dignité

- la conscience

- la sexualité

 

1. La dignité

Cette notion est souvent interrogée dans les questions liées à la famille et aux soins. Ex: la fin de vie: entre les soins palliatifs c’est-à-dire être vivant jusqu’à la mort mais sans souffrir (ce qui veut dire qu’on prend en charge la douleur) ou l’euthanasie, le spectre d’interprétation de la notion de dignité est large.

 

Ce qui caractérise la dignité humaine c’est qu’elle est principielle et pas négociable : elle est dès la naissance.

L'humain est digne ou n'est pas et on ne peut pas être plus ou moins digne. Il n'y a pas de moments de la vie où on devient « légume » !

Cette dignité de l'humain est protégée par des droits constitutionnels : aucune nouvelle loi ne peut la remettre en question.

 

Manifester que la dignité est là depuis le départ c’est aussi repérer que la fragilité est digne, que devenir plus fort n’est pas être plus digne, que nous devons porter de l’attention aux plus fragiles. Il s'agit de protéger les plus vulnérables qui ne sont plus en capacité de défendre eux-mêmes leur dignité. C’est le cas de certaines personnes âgées ou démentes, malades… mais aussi des détenus y compris ceux qui ont commis les actes les plus indignes. La société doit continuer à

les traiter de manière humaine.

 

Pour les chrétiens, la dignité est liée à deux fondements de leur foi :

- la Création : «à son image il les fît» (Genèse 1) : c’est la condition de l'homme, créature de Dieu ; ainsi l'homme participe à l'être même de Dieu ; il est en quelque sorte accroché à Dieu lui-même. Dieu est ainsi solidaire des hommes; l'homme et la femme disent le mieux qui est Dieu.

- le Mystère de l’Incarnation : croire que Jésus est fils de Dieu, c’est croire que nous sommes frères et soeurs du Fils unique, le Christ. Par le Christ nous sommes «de la famille même de Dieu». Cela nous donne une solidité inébranlable.

Dès les premiers siècles, on manifeste que la dignité est du côté de la vulnérabilité par le Mystère de la Croix. Lors de la Passion du Christ, Pilate dit «voici l’homme, il a dit la Vérité». Cet homme dans la plus grande vulnérabilité, qui va mourir comme un bandit, est digne. Le lieu de la Croix va devenir le lieu de la dignité humaine. C’est quand l’homme vulnérable ne peut plus se défendre lui-même qu’il manifeste le plus la dignité humaine.

 

Conséquences de cette définition de l’humain :

la reconnaissance que chacun est un sujet (et non pas un objet y compris un objet de soins). Il doit rester sujet. Comment une équipe soignante, les proches vont manifester que cette personne est un sujet ? Par exemple par la non-instrumentalisation du corps, le sien ou celui de l’autre.

Ex: être mère porteuse, c’est considérer son corps comme un objet de prêt, un ventre de prêt. «Je n’ai pas le droit de devenir l’esclave d’un autre»

Cette réflexion rejoint celle du philosophe E. Kant pour qui « il faut toujours considérer l’autre comme un sujet et non pas comme un objet» en particulier dans le monde du travail où des droits doivent être attribués à ce sujet.

 

Le sujet est toujours lié à une histoire : «nous sommes toujours le résultat d’une oeuvre» Qui va être le porteur ou le porte-voix de l’histoire du sujet qui ne peut pas la dire lui-même ? Le corps est toujours porteur d’une histoire, d’une mémoire. Tous les évènements de notre histoire sont inscrits dans notre corps. Mais tout n’est pas forcément clair dans notre histoire qu’elle soit personnelle, familiale ou sociétale. Il est nécessaire de prendre en compte cette ambiguïté de notre histoire qui existe aussi dans l'Evangile (ex: le Massacre des Innocents…, les prostituées ont souvent les meilleures places…, la croix : Jésus meurt comme un vaurien...) cela nous fait réfléchir…

Toute décision est forcément ambigüe ; c’est la manifestation humaine telle qu’elle est (et non pas telle qu’on voudrait qu’elle soit) qui fait la dignité de l’Homme. La tradition chrétienne prend en charge l'ambiguïté de l'histoire humaine : elle est digne en Dieu telle qu'elle est.

Ceci est partageable avec ceux qui ne partagent pas notre foi.

 

Place de l'Église dans le débat public et conséquences pratiques dans les lieux de soin : L'Église est un acteur parmi d'autres. Elle n'a pas une vérité qui surplombe le monde ! Ce que l'on défend, c'est au nom de l'homme dans un dialogue, un partage avec d'autres : ainsi nous pouvons espérer promouvoir ensemble la dignité humaine.

Nous le croyons au nom de Dieu mais nous devons le défendre au nom de l’Homme, c’est-à-dire partager ce travail et ce combat avec d’autres, croyants ou non ! La dignité est fondée dans la foi mais aussi dans la raison.

Le travail de dignité n’est jamais terminé : c’est un travail, une créativité, une attestation et un combat.

 

2. La place de la conscience

Dire «il les fît à son image» c’est dire que l’humain est porteur au plus profond de lui-même de la mission de chercher le meilleur et de l’accomplir (cf St Thomas d’Aquin sur la conscience).

Le concile Vatican II a désigné la conscience comme «la loi intérieure».

 

Se décider pour le meilleur

Notre conscience est notre bien le plus précieux. Elle implique bienveillance et confiance dans les capacités humaines à faire le meilleur pour l’Homme et une décision lucide.

Mais l’humain peut se décider aussi pour le pire (cf l’Histoire mais aussi nos histoires personnelles). La brutalité est une possibilité toujours présente dans une société même démocratique. Nous devons nous décider contre la brutalité et pour le respect et la confiance. La violence n’est jamais si loin. Au jardin d' Éden, après avoir mangé le fruit défendu, l’homme et la femme ont peur l’un de l’autre et de Dieu. Le soupçon est entré dans le monde et n’en sortira plus. Au Désert, Jésus a résisté à Satan mais la violence n’a été que mise à distance, elle n’a pas été vaincue.

 

Il n'y a pas de bien absolu

La conscience s’éduque, se cultive, se discute. Il n’y a pas de vérité toute faite ou de bien absolu. Nous devons chercher à accomplir le meilleur en faisant avancer de l'humain et quitter la prétention au bien absolu, c’est-à-dire séparé des autres. Chercher un meilleur partageable avec d’autres en mettant la brutalité, la violence, à

l’écart. C’est l’humanisation dont Benoit XVI nous parle dans sa dernière encyclique comme dans son dernier livre «Lumière du Monde». C’est chercher l’ajustement à la promotion de la dignité humaine dans tous les domaines, y compris où elle ne se posait pas avant (embryons congelés, génome humain,…), que rien ne soit marchandisé.

 

Participer au débat dans une confiance lucide

C’est la conscience qui manifeste que l'Église accorde une confiance lucide à la communauté scientifique et à la communauté humaine. Si nous restons toujours dans le soupçon, nous ne pouvons pas partager les débats. L'Eglise a elle-même ses pages sombres de l’Histoire en ce qui concerne la dignité humaine.

 

3. La sexualité

La sexualité est un principe même de la condition humaine. L’humain est toujours un être corporel c’est-à-dire sexué.

Dans la tradition biblique, être sexué est une bénédiction (et non pas une malédiction) et cette sexualité est bénie de Dieu, elle est considérée comme une merveille. Elle manifeste un enjeu, une problématique humaine: « l’homme quittera son père et sa mère pour une femme et ne faire plus qu’un »( voir le livre de la Genèse, ch 2).

 

Se distinguer pour arriver à la communion

Sexuer signifie séparer. Se séparer pour se relier, quitter despersonnes, quitter l’enfance pour trouver une autonomie, une responsabilité, d’autres personnes, un autre état, se distinguer l’un de l’autre pour arriver à la communion (et non pas à la confusion). Si nous avons peur de cette distinction, nous allons vers le chaos c’est à-

dire la brutalité. Lors de la Création, Dieu a séparé pour sortir du chaos pour que l’humain vive dans une terre habitable.

 

Dissociation et confusion

Dissociation entre procréation et sexualité

Ex: Procréation médicalement assistée : on introduit des dissociations entre l’amour (y compris l’amour sexuel) et la procréation. La procréation, par la technique, va se dérouler hors du corps, parfois avec du sperme d’un donneur anonyme. Ce processus rend possible des histoires magnifiques, il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur ces intentions et sur le travail des équipes médicales mais il ne faut pas omettre les questions éthiques qui se posent alors pour toujours aller vers le meilleur. Dans cet

exemple, la question qui se pose est la dissociation: dissociation entre procréation et sexualité, dissociation entre parenté des géniteurs et parentalité affective, ce qui signifie pour l’enfant avoir des origines pour une part anonymes. Plus on dissocie, plus on complique l’existence (celle de l’enfant mais aussi celle des parents, particulièrement à des moments critiques de l’éducation).

Il s’agit alors d’écouter la souffrance, d’être attentif à la détresse du couple tout en prenant en compte les questions de société engendrées par ces pratiques.

 

Une autre question peut parfois se poser: celle de la confusion:

Ex: En Italie et en Espagne, il est possible que le don de sperme ou d’ovocyte émane d’un proche, appartenant à la famille de l’un des parents ou encore que la mère porteuse soit la mère ou la soeur de l’un des parents. On peut parler d'inceste symbolique de par la confusion engendrée par ces pratiques.

 

Conclusion

Pour préserver la condition d’humanité, nous devons nous engager contre ce qui risque de semer la confusion ou la dissociation, nous engager pour que le progrès scientifique soit au service de l’humain et non à notre propre service, pour que l’intelligence n’aille pas sans la bienfaisance et rendre compte de la transcendance de l’Homme. L’humain est toujours plus que ce qu’il manifeste, que ce qu’on voit. Il n’est pas réductible à sa pathologie, à ses incapacités, à sa vulnérabilité (cf. les questions liées à la fin de vie, au grand âge, aux pathologies lourdes, à la démence, etc.) Même quand, de par sa pathologie, nous ne savons plus comment rejoindre l’autre, celui-ci reste porteur d’une transcendance, d’une humanité, et nous devons y rester attentifs.

Le chrétien, l'Église se doit de participer aux débats concernant la bioéthique. Pour nous l’homme est habité d’un mystère et nous devons défendre ce mystère et promouvoir son humanité.

 

L‘éthique commence par le minuscule, les gestes les plus quotidiens et banals. Par exemple, dans un service de soins aux personnes âgées ou démentes, promouvoir les gestes d’attention et de respect (frapper à la porte de la chambre, dire bonjour, etc.) et lutter contre les «maltraitances du quotidien» (portes fermées, heures de repas indues, etc.).

Les plus vulnérables sont à la périphérie du monde, le chrétien se doit de les remettre au centre du monde.

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